Fil 05 · Guerre et réconciliation · 24 octobre 2026 · 2 min de lecture

Voir avec les deux yeux

Un aîné mi'kmaw de Nouvelle-Écosse propose de regarder le monde avec deux yeux : l'un pour les savoirs autochtones, l'autre pour la science occidentale. Une idée simple qui change bien des choses.

Photo : Bras d'Or Lake, Cape Breton, NS · Larry from Charlottetown, PEI, Canada · CC BY 2.0 · via Wikimedia Commons

Le grenier à récits

Dans sa cuisine, à Eskasoni, en Nouvelle-Écosse, Albert Marshall est assis à table. Par la fenêtre, il regarde le lac Bras d'Or. Il a alors 83 ans, et un journaliste de CBC est venu l'écouter.

Cet aîné mi'kmaw parle d'une idée qu'il a forgée avec sa femme, Murdena. En mi'kmaw, on dit etuaptmumk. En français : voir avec les deux yeux.

Faites l'essai. Fermez un œil et tentez d'enfiler une aiguille. C'est difficile. Avec un seul œil, on voit, mais on perçoit mal la profondeur. Avec les deux, le monde reprend son relief.

L'idée d'Albert Marshall ressemble à cela. D'un œil, on apprend à voir avec les forces des savoirs autochtones et de leurs façons de connaître. De l'autre, on apprend à voir avec les forces des savoirs occidentaux. Puis on se sert des deux yeux ensemble, pour le bien de tous.

Il ne s'agit pas de choisir un camp. Ni de fondre un savoir dans l'autre. Chacun garde sa force, et on regarde ensemble.

Pourquoi cette idée ? Il y a environ 25 ans, la famille Marshall constate qu'il y a bien peu d'étudiants autochtones dans les universités de la région. Murdena Marshall, diplômée de Harvard, consulte les aînés du Cap-Breton. Leur réponse est claire : l'école doit faire une place aux façons de connaître mi'kmaw.

De 1999 à 2007, Albert Marshall aide à créer le programme de sciences intégratives de l'Université du Cap-Breton. C'est le premier du genre au Canada.

Imaginez un exemple tout simple. Un hydrologue mesure la température et la qualité de l'eau d'un lac. Une aînée sait, depuis des générations, quand les poissons y reviennent et ce que les familles en tirent. Chacun voit une part du lac. Ensemble, ils le voient mieux.

On ne voit jamais bien le monde avec un seul regard.

L'idée a fait son chemin. On la retrouve aujourd'hui en éducation et en recherche. En Nouvelle-Écosse, Albert Marshall a aidé à préparer un cours de sciences de l'environnement de 12e année fondé sur les deux yeux. Il prévoit des sorties sur le terrain et des prélèvements d'eau.

Albert Marshall est né en 1938, à Eskasoni. Il est membre du clan de l'Orignal et parle couramment le mi'kmaw. Enfant, il a fréquenté le pensionnat indien de Shubenacadie. En 2023, il est nommé officier de l'Ordre du Canada.

Quand il parle du but de tout cela, il répond qu'il s'agit d'apprendre à vivre ensemble et à :

« utiliser l'amour et la compassion comme principe qui nous guide. »
Albert Marshall, aîné mi'kmaw, CBC News (traduction libre)

Regarder avec les yeux de l'autre ne nous enlève rien. Cela nous donne de la profondeur, et un « nous » plus large.

Et vous ?

Dans votre travail ou votre famille, quel savoir différent du vôtre pourrait vous aider à voir une situation avec plus de relief ?

Faire voyager ce récit

Chiffres

2yeux : les savoirs autochtones et les savoirs occidentaux
1999début du programme de sciences intégratives à l'Université du Cap-Breton
2023Albert Marshall devient officier de l'Ordre du Canada

Sources

  1. Albert Marshall (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
  2. Eskasoni elder bringing two-eyed seeing into the classroom (CBC News) www.cbc.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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