Fil 01 · Exil et migration · 23 octobre 2026 · 2 min de lecture

Le jour du but de Henderson

Le 28 septembre 1972, chassée d'Ouganda, la famille Saujani arrive près de Montréal. Le même jour, tout le Canada célèbre un but de hockey.

Le grenier à récits

Le 28 septembre 1972, une famille arrive dans une caserne de l'armée, près de Montréal.

Ce sont les Saujani. Ils viennent d'Ouganda. Ils n'ont pas choisi de partir.

Ce jour-là, tout le Canada a les yeux ailleurs. Paul Henderson marque le but gagnant du dernier match de la Série du siècle, contre l'Union soviétique.

La mère, Shanta, y voit un signe. Quel jour de bon augure pour arriver, s'exclame-t-elle.

Un mois et demi plus tôt, en août 1972, le dirigeant ougandais Idi Amin a ordonné l'expulsion d'environ 80 000 personnes d'origine asiatique. Il leur a donné 90 jours pour quitter le pays. Il dit que le pays n'a plus de place pour elles, même pour celles qui en ont la citoyenneté.

Le père, Rai Saujani, est né en Ouganda. Il est surintendant adjoint dans la police ougandaise. Trois de ses frères sont arrêtés par l'armée, après une dispute dans une file d'attente pour des papiers. Grâce à ses contacts, il réussit à les faire libérer.

Leur fille Sheyfali se souviendra de cette période comme d'un temps de grande peur.

Le Canada réagit vite. En quelques jours, il met sur pied un programme d'urgence. Il prévoit d'abord accueillir 5 000 personnes, puis accepte de les recevoir sans limite de nombre. Au début de septembre, des agents d'immigration canadiens ouvrent un bureau à Kampala.

Le 27 septembre 1972, le premier vol nolisé vers Montréal décolle d'Entebbe. Les familles sont reçues à la base des Forces canadiennes de Longue-Pointe, transformée pour les accueillir. Au-dessus des valises, une banderole : « Bienvenue Welcome ».

Pour les Saujani, une tante vit déjà à Hamilton avec son mari et leurs trois filles. Elle veut parrainer la famille, mais son revenu est un peu trop bas. Les chèques mensuels d'allocation familiale font la différence.

En moins de 90 jours, environ 7 000 personnes chassées d'Ouganda trouvent refuge au Canada.

Un pays ne se mesure pas seulement à ses buts. Il se mesure aussi à la porte qu'il ouvre.

Sheyfali Saujani est devenue réalisatrice à CBC Radio, pendant 30 ans. Près de cinquante ans plus tard, elle a raconté l'arrivée de sa famille pour Bibliothèque et Archives Canada.

Elle conclut simplement :

« Nous sommes très reconnaissants du refuge que le Canada nous a offert. »
Sheyfali Saujani, Bibliothèque et Archives Canada, 2021 (traduction libre)

Ce jour-là, un pays entier fêtait un but. Ailleurs, sans bruit, il gagnait autre chose : de nouveaux voisins, qui allaient devenir les siens.

Et vous ?

Qui, dans votre entourage, est arrivé ici sans l'avoir choisi, et quelle histoire aurait-il envie de vous raconter ?

Faire voyager ce récit

Chiffres

80 000personnes d'origine asiatique expulsées d'Ouganda en 1972, environ
90jours pour quitter le pays
7 000réfugiés accueillis au Canada, environ

Sources

  1. When Ugandan Asian refugees arrived in Canada in 1972 (Bibliothèque et Archives Canada, 2021) thediscoverblog.com
  2. An Overview of the South Asian Expulsion in Uganda and Canada's Response (Université Carleton) carleton.ca

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

Mots-clés

À lire aussi

Fil 06

La tontine, une banque de confiance

Des cercles d'épargne rotatifs d'Afrique et des diasporas montrent comment la confiance mutuelle peut remplacer l'intérêt et le crédit.

Lire
Fil 01

Africville : être déraciné chez soi

Appartenir, c'est être attendu. On peut être exilé sans quitter son pays, comme le rappelle l'histoire d'Africville.

Lire
Fil 01

Ce que la guerre n'a pas pris

En Syrie, la guerre a détruit la chocolaterie d'Isam Hadhad. À Antigonish, en Nouvelle-Écosse, des voisins l'ont aidé à recommencer, une petite cabane à la fois.

Lire