Fil 06 · Économie et inégalité · 11 septembre 2026

Le même diplôme, pas le même salaire

À diplôme égal, de jeunes bachelières racisées gagnent moins que leurs consœurs, montre une étude de Statistique Canada qui mesure les revenus deux ans après le baccalauréat.

1 · La scène

Dans un sous-sol de Laval, une mère glisse dans un album la photo de collation des grades de sa fille : toge noire, sourire immense, diplôme tenu à deux mains.

Sur la page d'en face, une autre photo, plus pâle : sa propre remise de diplôme, là-bas, il y a trente ans. Ici, elle ne l'a jamais encadrée. Elle a nettoyé des bureaux, puis tenu une caisse.

Elle referme l'album doucement. « Toi, au moins, ils vont te voir », murmure-t-elle. Elle n'ose pas encore se demander si c'est vrai.

Vignette originale

2 · Le cas documenté

Deux ans après le baccalauréat

Chaque 11 octobre, l'ONU souligne la Journée internationale de la fille, et l'on répète aux filles que l'école ouvre toutes les portes. Statistique Canada a regardé ce qui se passe après. Dans une étude publiée le 18 janvier 2023, l'organisme a suivi les quelque 395 000 personnes ayant obtenu un baccalauréat au Canada de 2014 à 2017, dont 30 % étaient racisées, et mesuré leur revenu d'emploi deux ans après le diplôme.

L'écart brut entre femmes paraît modeste : 45 700 $ par année en moyenne pour les diplômées racisées, contre 47 800 $ pour les femmes non racisées et non autochtones. Mais même en tenant compte des caractéristiques des diplômées, des écarts persistaient pour plusieurs groupes : les diplômées d'Asie occidentale gagnaient 16 % de moins, les diplômées arabes 15 % de moins, et les diplômées noires, coréennes, sud-asiatiques et latino-américaines, de 8 % à 9 % de moins.

Ces données portent sur de jeunes bachelières, pas sur l'ensemble des femmes. Elles montrent pourtant qu'à diplôme égal, la porte ne s'ouvre pas aussi grand pour toutes. Mesurer, c'est déjà refuser que l'écart passe inaperçu. Il reste aux employeurs à examiner leurs pratiques d'embauche et de rémunération, et à chacun de nous, collègues, mentors, voisins, à ouvrir nos réseaux à celles qu'on n'y invitait pas. Une diplômée ne réussit jamais seule : elle réussit aussi parce qu'une communauté la reconnaît.

395 000bacheliers suivis (diplômés de 2014 à 2017)
15 %écart de revenu ajusté, diplômées arabes
8 à 9 %écart ajusté, diplômées noires, coréennes, sud-asiatiques et latino-américaines

3 · La voix

« Un enfant, un enseignant, un stylo et un livre peuvent changer le monde. »
Malala Yousafzai, discours à l'Assemblée de la jeunesse de l'ONU, 2013 (traduction libre)

4 · La question

Si l'éducation d'une fille est une promesse faite par toute la communauté, qui, parmi nous, est chargé de la tenir une fois le diplôme en poche ?

Sources

  1. Statistique Canada, Le Quotidien, 18 janvier 2023 www150.statcan.gc.ca
  2. Al Jazeera, « Malala takes her fight for education to UN », 2013 www.aljazeera.com

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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