Fil 04 · Climat et rapport à la terre · 3 novembre 2026 · 2 min de lecture
Debout dans la mer
En novembre 2021, le ministre des Affaires étrangères des Tuvalu enregistre son discours pour la conférence de Glasgow sur le climat, de l'eau jusqu'aux genoux, là où il y avait autrefois la terre ferme.

Le grenier à récits
En novembre 2021, au bout de Fongafale, la principale île de Funafuti, la capitale des Tuvalu, un homme en complet-cravate entre dans la mer.
Il a roulé le bas de son pantalon. Devant lui, un lutrin. Derrière lui, des drapeaux. L'eau lui monte jusqu'aux genoux.
Il s'appelle Simon Kofe. Il est le ministre des Affaires étrangères des Tuvalu, un petit pays du Pacifique : neuf îles et environ 12 000 habitants.
Ce jour-là, il enregistre un message pour les dirigeants du monde, réunis à Glasgow, en Écosse, pour la grande conférence de l'ONU sur le climat, la COP26.
L'idée lui est venue tout de suite : livrer son discours dans l'eau.
La télévision publique, TVBC, filme. Ils font environ trois prises. La marée monte. Les drapeaux et le panneau derrière lui commencent à vaciller. Il faut finir avant que la mer ne reprenne tout.
L'endroit où il se tient n'a pas été choisi au hasard. Autrefois, à cet endroit, c'était la terre ferme.
Même le premier ministre des Tuvalu n'était pas au courant. Il savait que son ministre ferait une déclaration. Pas qu'il la ferait dans la mer.
Les photos font le tour du monde. Un ministre en complet, au milieu des vagues, derrière un lutrin.
Pour les Tuvalu, ce n'est pas une mise en scène. Selon la Banque mondiale, dans l'ouest du Pacifique, le niveau de la mer monte deux à trois fois plus vite que la moyenne mondiale. Beaucoup d'habitants sont déjà partis vivre en Nouvelle-Zélande. Le site touristique du pays prévient que ses enfants pourraient être « la dernière génération » à grandir aux Tuvalu.
Simon Kofe voulait que le monde comprenne une chose : les changements climatiques ne sont pas une menace pour plus tard. Ils sont déjà là, sous ses pieds.
Quelques jours plus tard, en parlant des grands pays voisins qui appellent les îles du Pacifique leur « famille », il a rappelé ce que ce mot engage :
« Dans une famille, on a le devoir et la responsabilité de veiller sur son voisin. »
Un petit pays a montré au monde ses pieds dans l'eau. Ce qu'il demande n'est pas de la pitié. C'est que les voisins se souviennent qu'ils sont de la même famille.
Et vous ?
Si la mer montait jusqu'à votre porte, qui voudriez-vous voir arriver ? Et qui, aujourd'hui, attend que vous soyez ce voisin-là ?
Chiffres
Sources
- Tuvalu minister stands in sea to film COP26 speech to show climate change (Reuters / Inquirer, 2021) newsinfo.inquirer.net
- Tuvalu minister gives COP26 speech knee-deep in the ocean (CNBC, 2021) www.cnbc.com
- Tuvalu's 'underwater' COP26 speech caught everyone by surprise, even the country's PM (SBS Dateline, 2021) www.sbs.com.au
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