New Glasgow, Nouvelle-Écosse, 1946

Viola Desmond

En 1946, à New Glasgow, Viola Desmond refusa de quitter la section réservée aux Blancs d'un cinéma. Condamnée pour un cent de taxe, elle reçut un pardon en 2010, et son visage figure depuis 2018 sur le billet de 10 $.

Photo : Viola Desmond, Halifax, around 1940 · Unknown author · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Canada et Québec

C'était le 8 novembre 1946, à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse.

Une femme d'affaires d'Halifax roulait vers Sydney pour une réunion. Sa voiture tomba en panne. La réparation allait prendre des heures.

Elle s'appelait Viola Desmond. Elle prit une chambre en ville, puis elle alla au cinéma.

Viola était née à Halifax le 6 juillet 1914, dans une famille de onze enfants. Son père était barbier. Elle avait d'abord enseigné, un peu, dans des écoles réservées aux élèves noirs.

Puis elle avait choisi la beauté. Peu d'écoles acceptaient les femmes noires. Elle se forma à Montréal, puis à Atlantic City et à New York.

À Halifax, elle ouvrit son salon. Ensuite, elle fonda sa propre école, pour former de jeunes femmes noires. Des élèves vinrent même du Nouveau-Brunswick et du Québec.

Ses diplômées ouvraient leurs salons à leur tour. Elles y vendaient les produits de beauté que Viola avait créés.

Ce soir-là, au cinéma Roseland, Viola demanda une place au parterre. On lui donna un billet de balcon. Le balcon, c'était la section des gens qui n'étaient pas blancs.

Elle voulut échanger son billet. La caissière refusa. Elle n'avait pas le droit, dit-elle, de vendre des places du bas « à vous autres ».

Viola s'assit quand même au parterre.

Le gérant vint la voir. Elle répondit qu'on lui avait vendu un billet. Elle était prête à payer la différence.

Elle resta assise.

La police arriva. On la sortit de force. Elle fut blessée à la hanche et au genou, puis conduite en prison.

Elle passa la nuit en cellule. Toute la nuit, elle resta assise, droite.

Le lendemain, au tribunal, personne ne parla de sa couleur. On l'accusa d'avoir fraudé la province d'une taxe d'un seul cent : la différence entre le balcon et le parterre.

Elle n'avait pas d'avocat. Personne ne lui avait dit qu'elle y avait droit. Le magistrat la condamna à 26 $ d'amende.

Elle tenta de faire annuler la condamnation. En janvier 1947, un juge refusa : le délai pour faire appel était dépassé.

Mais l'argent recueilli pour sa défense ne fut pas perdu. Une association de la communauté noire de la province s'en servit pour continuer la lutte contre la ségrégation. Une journaliste, Carrie Best, raconta l'affaire dans son journal, The Clarion.

En 1954, la ségrégation prit fin dans les lois de la Nouvelle-Écosse.

Viola, elle, ferma son entreprise. Elle partit pour Montréal, puis pour New York. Elle y mourut le 7 février 1965.

Sa sœur, Wanda Robson, ne l'oublia pas. À partir de 2003, elle se battit pour que justice soit rendue à Viola.

Le 15 avril 2010, la Nouvelle-Écosse accorda à Viola un pardon absolu, et le premier ministre présenta des excuses. Ce pardon disait une chose simple : la condamnation était une erreur. Jamais encore au Canada on n'avait accordé un tel pardon après la mort.

Ce jour-là, Wanda dit :

« Nous devons apprendre de notre histoire pour ne pas la répéter. »
Wanda Robson, gouvernement de la Nouvelle-Écosse, 2010 (traduction libre)

Viola avait gardé sa place. Son école, qui formait d'autres femmes, et son refus de s'asseoir là où on la reléguait disent la même chose : chacun a sa place parmi les autres. Ce geste fait écho à l'Ubuntu : on ne peut pas être pleinement soi quand on écarte quelqu'un.

Le 19 novembre 2018, un nouveau billet de 10 $ fut mis en circulation. Un billet vertical, le premier au pays. Et, seule sur sa face, une Canadienne : Viola Desmond.

Elle qu'on avait condamnée pour un seul cent voyage aujourd'hui de main en main, dans tout le pays.

Sources

  1. Viola Desmond (L'Encyclopédie canadienne) www.thecanadianencyclopedia.ca
  2. Viola Desmond (Encyclopædia Britannica) www.britannica.com
  3. Pardon absolu et excuses à feu Viola Desmond (Gouvernement de la Nouvelle-Écosse, 2010) news.novascotia.ca

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