Ontario, 1978
Stanley G. Grizzle
Porteur de wagons-lits au Canadien Pacifique, Stanley Grizzle se battit avec son syndicat contre la discrimination raciale. En 1978, il devint le premier juge de la citoyenneté noir au Canada.

Vies inspirantes · Canada et Québec
C'était en juin 1940, au Canadien Pacifique.
Un jeune Torontois de vingt-deux ans commença à travailler comme porteur de wagons-lits. Il n'avait pas trouvé d'autre travail.
Il s'appelait Stanley Grizzle. Mais les voyageurs appelaient souvent les porteurs « George ».
Stanley était né à Toronto, le 18 novembre 1918. Ses parents, Theodore et Mary, étaient venus de la Jamaïque en 1911. Son père avait été chef cuisinier au Grand Tronc. Ils eurent sept enfants.
Les porteurs subissaient le racisme. Plus tard, Stanley écrira que beaucoup de porteurs noirs avaient été privés de leurs chances « par une société raciste » (traduction libre).
Il n'avait pas attendu pour s'organiser. En 1938, il avait aidé à fonder l'Association des jeunes hommes noirs de Toronto.
En 1942, l'armée le conscrivit. Il servit en Europe.
En Angleterre, un supérieur voulut faire de lui son ordonnance, une sorte de domestique. Stanley refusa. Et il lui dit pourquoi :
« la seule fois où vous avez vu un Noir, c'était comme domestique. »
On le punit : corvée de latrines. Alors il fit la grève. On finit par le changer d'affectation. Plus tard, il fut promu caporal.
Pendant ce temps, au Canada, les porteurs signèrent leur première convention collective avec le Canadien Pacifique, en 1945. Elle prévoyait une chose toute simple : dans chaque voiture, une plaque avec le nom du porteur.
En 1946, Stanley rentra à Toronto. Il devint président de la division torontoise du Canadien Pacifique de la Fraternité des porteurs de wagons-lits. Il le resta jusqu'en 1962.
Avec son syndicat, il poussa la compagnie à ouvrir ses postes de cadres aux Noirs.
Au début des années 1950, il rejoignit un comité syndical contre l'intolérance raciale. Avec d'autres, il alla voir des dirigeants politiques. Il réclamait des lois contre la discrimination.
En avril 1954, il fit partie de la première délégation de Canadiens noirs reçue par le Cabinet fédéral. Le sujet : la discrimination dans l'immigration.
En 1959, avec Jack White, il fut parmi les premiers Canadiens noirs à se présenter à l'Assemblée législative de l'Ontario. Il portait les couleurs de la CCF. Il obtint plus de 9 000 voix, mais il perdit.
En 1960, il entra à la Commission des relations de travail de l'Ontario. Aucun Noir n'avait encore occupé un poste à ce niveau du gouvernement provincial.
En 1978, le premier ministre Pierre Trudeau le nomma juge de la citoyenneté. Là encore, il était le premier Canadien noir.
L'homme qu'on avait appelé « George » siégeait maintenant comme juge, au nom du Canada.
En 1990, le lieutenant-gouverneur Lincoln Alexander lui remit l'Ordre de l'Ontario. En 1995, il entra à l'Ordre du Canada.
En 1998, il publia ses mémoires. Il les intitula My Name's Not George. Je ne m'appelle pas George.
En 2007, Toronto donna son nom à un parc.
Stanley Grizzle mourut à Toronto le 12 novembre 2016, à quatre-vingt-dix-sept ans.
Toute sa vie, il s'était battu avec les autres, par le syndicat. Cette solidarité ouvrière fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.
En 2018, une ruelle de Toronto reçut à son tour son nom.
Il reste de lui un parc, une ruelle, un livre.
Et peut-être, quelque part, une petite plaque de wagon-lit, avec un vrai nom dessus.
Sources
- Stanley G. Grizzle (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
- Stanley G. Grizzle (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Stanley G. Grizzle (BlackPast) new.blackpast.org
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