Afrique du Sud, 1995

Pius Langa

Ancien ouvrier d'une fabrique de chemises, Pius Langa devint avocat des opposants à l'apartheid, puis juge en chef d'Afrique du Sud. Dans l'arrêt Makwanyane, qui abolit la peine de mort en 1995, il décrivit l'ubuntu comme une culture de la communauté et de l'interdépendance.

Vies inspirantes · Justice et réconciliation

C'était en 1956, à Durban.

Un jeune homme cherchait du travail. Il n'en trouvait pas. Et les lois sur les laissez-passer de l'apartheid l'empêchaient même de rester dans la ville.

Il s'appelait Pius Langa.

Il était né le 25 mars 1939, à Bushbuckridge, dans l'ancien Transvaal. Il était le deuxième de sept enfants. Son père était un prédicateur de langue zouloue. Sa mère était swazie.

À seize ans, à la fin de 1955, il avait quitté l'école.

Au début de 1957, il trouva enfin un emploi, dans une fabrique de chemises. Son travail : distribuer les tissus aux couturiers, devant leurs machines.

Avec son salaire, il paya ses propres études. Seul, il prépara ses examens de fin d'études secondaires. Il les réussit à la fin de 1960.

Puis il entra au ministère de la Justice. Il était interprète et messager dans les tribunaux du Natal. Il y passa environ dix-sept ans. Il devint procureur, puis magistrat.

À temps partiel, il étudiait le droit par correspondance, à l'Université d'Afrique du Sud. Diplôme en 1973. Puis un autre en 1976.

En 1977, il quitta le ministère. Il devint avocat.

Désormais, il était de l'autre côté de la salle. Il défendait des syndicalistes, des membres d'associations de quartier, des personnes accusées de délits politiques par les lois de l'apartheid.

De 1988 à 1994, il présida une association d'avocats démocrates, la NADEL. En 1990, il participa à la fondation d'un comité pour la libération de Nelson Mandela, au Natal. Il prit part aux négociations pour mettre fin à l'apartheid.

En octobre 1994, Nelson Mandela le nomma à la nouvelle Cour constitutionnelle.

Le 6 juin 1995, la Cour rendit sa décision dans l'affaire S c. Makwanyane. La peine de mort était déclarée contraire à la Constitution.

Les onze juges écrivirent chacun leur opinion.

Pius Langa écrivit que la vie humaine a une valeur inestimable. Et que l'État doit la respecter, lui aussi, par l'exemple.

Il écrivit aussi sur l'ubuntu. Une culture, disait-il, qui met l'accent sur la communauté et sur l'interdépendance de ses membres.

Dans l'ubuntu, chaque personne a droit au respect, à la dignité, à l'acceptation. Mais elle doit en retour donner la même chose à chacun.

Et il met l'accent sur :

« le partage, la coresponsabilité et la jouissance mutuelle des droits par tous. »
Pius Langa, S c. Makwanyane, Cour constitutionnelle d'Afrique du Sud, 1995 (traduction libre)

En 1997, il devint vice-président de la Cour. En 2005, juge en chef de l'Afrique du Sud. Il le resta jusqu'en 2009.

Il aida aussi d'autres pays. Il fut envoyé du Commonwealth aux Fidji. Il participa à des commissions sur les constitutions du Rwanda, du Zimbabwe, de la Tanzanie et du Sri Lanka.

Pius Langa mourut le 24 juillet 2013, à Johannesburg. Il avait 74 ans. Des funérailles officielles eurent lieu à l'hôtel de ville de Durban.

Durban, la ville où, jeune, il n'avait pas le droit de rester.

Un jeune ouvrier qui distribuait des tissus aux machines. Un homme qui, des années plus tard, écrivit le mot ubuntu dans un arrêt de la plus haute cour de son pays.

Sources

  1. Pius Langa (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
  2. Pius Nkonzo Langa (South African History Online) sahistory.org.za
  3. Chief Justice Pius Langa (Concourt Blog) concourtblog.com
  4. Ubuntu dans S v Makwanyane, extraits de l'opinion du juge Langa (CORE, article universitaire) core.ac.uk

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