Québec, 2016
Michèle Audette
Née dans un train vers Schefferville, fille d'une militante innue, Michèle Audette a consacré sa vie aux droits des femmes autochtones. Commissaire de l'Enquête nationale, elle est nommée au Sénat en 2021.

Vies inspirantes · Premières Nations et Sept générations
C'était le 20 juillet 1971, dans un train qui roulait vers Schefferville.
À bord, une femme innue se mit à accoucher. Dans ce train, à l'époque, les wagons étaient séparés. On l'évacua vers l'hôpital de Wabush, au Labrador.
Ainsi arriva Michèle Audette.
Sa mère s'appelait Evelyne St-Onge. Elle était innue, de Uashat mak Mani-Utenam. Son père, Gilles Audette, était un Québécois de Montréal.
Michèle grandit entre trois mondes : innu, français, anglais. À Schefferville, elle passait du temps sur les rivières et les lacs avec sa famille innue.
Mais la loi était injuste. Les femmes indiennes mariées à des Blancs étaient exclues de leur bande.
Evelyne disait pourtant à sa fille qu'elle avait toujours été innue, même si la loi ne la reconnaissait pas. Et elle se battait. En 1974, elle participa à la fondation de Femmes autochtones du Québec.
Elle répétait aussi une phrase à Michèle :
« Tu es née pour déranger ! »
Après la séparation de ses parents, de onze à quatorze ans, Michèle vécut avec sa mère sous la tente l'été, dans des sous-sols ou des cabanons l'hiver. Elle termina son secondaire à Montréal, chez son père.
À Montréal, elle trouva un lieu qui compta beaucoup : le Centre d'amitié autochtone. Elle étudia les arts visuels à l'UQAM, puis l'enseignement des beaux-arts à Concordia.
Dans la vingtaine, elle apprit une chose simple. Les lois, dont la Loi sur les Indiens, se faisaient à Ottawa.
À vingt-sept ans, elle fut élue présidente de Femmes autochtones du Québec, l'organisme que sa mère avait aidé à fonder. Jeune présidente, elle se présenta devant le comité sénatorial des droits de la personne au sujet de la Loi sur les Indiens.
En 2004, elle entra au gouvernement du Québec, comme sous-ministre associée au Secrétariat à la condition féminine.
En 2010, elle marcha, à pied, de Wendake jusqu'à Ottawa. Devant des sénateurs, on lui refusa ses plumes d'aigle.
En 2012, elle prit la tête de l'Association des femmes autochtones du Canada.
Puis vint une autre tâche. Elle fut l'une des cinq commissaires de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.
Pendant deux ans, les commissaires écoutèrent plus de 2 300 personnes : des familles, des survivantes, des experts, des gardiennes et gardiens du savoir.
Le 3 juin 2019, le rapport final fut remis. Il contenait 231 appels à la justice.
À partir de 2019, à l'Université Laval, elle conseilla l'institution sur la réconciliation et l'éducation autochtone.
Le 29 juillet 2021, Michèle Audette fut nommée au Sénat. Celle à qui des sénateurs avaient refusé ses plumes d'aigle devenait sénatrice à son tour.
Elle prêta serment en innu. C'était une première.
Au Sénat, elle siège aux comités des peuples autochtones, des droits de la personne et des langues officielles. Elle y a relevé l'absence des langues autochtones dans un projet de loi sur les langues officielles.
Elle se dit fière de ses deux côtés. Le côté innu, accueillant, généreux, plein d'humour. Et le côté québécois.
Cette façon innue d'accueillir avec générosité, qui est la sienne, fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.
Il reste l'image d'une enfant née dans un train en marche. Elle n'a jamais cessé d'avancer.
Sources
- Michèle Audette (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
- Michèle Audette, notice biographique (Cabinet du premier ministre du Canada, 2021) www.pm.gc.ca
- Meet Senator Michèle Audette (SENCA+, Sénat du Canada) sencanada.ca
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