Ontario, 1853

Mary Ann Shadd

Née libre au Delaware, Mary Ann Shadd s'établit au Canada-Ouest en 1851. En 1853, elle fonda The Provincial Freeman et devint la première femme noire à publier un journal en Amérique du Nord.

Photo : Mary Ann Shadd, 1850s · Unknown author · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Canada et Québec

C'était le 24 mars 1853, au Canada-Ouest.

Ce jour-là parut le premier numéro d'un nouveau journal : The Provincial Freeman. Il avait une devise.

« L'autonomie est la vraie route vers l'indépendance. »
Devise du Provincial Freeman, 1853 (traduction libre)

Le nom de Samuel Ringgold Ward figurait comme rédacteur. Son nom devait attirer des abonnés.

Mais la vraie force du journal, c'était une femme de vingt-neuf ans. Elle s'appelait Mary Ann Shadd.

Elle était née libre, le 9 octobre 1823, à Wilmington, au Delaware.

Son père, Abraham Doras Shadd, était cordonnier. C'était un des leaders de la communauté noire libre de la ville. Sa mère s'appelait Harriet Parnell.

La maison familiale était une étape du chemin de fer clandestin.

Mary Ann étudia dans une école quaker à West Chester, en Pennsylvanie.

À seize ans, elle revint à Wilmington et ouvrit une école pour les enfants noirs. Pendant plus de dix ans, elle enseigna, d'une ville à l'autre : Wilmington, New York, Trenton, West Chester, Norristown.

En 1850, le Congrès américain adopta la loi sur les esclaves fugitifs. Beaucoup partirent pour le Canada.

À l'automne 1851, Mary Ann Shadd les suivit. Elle s'installa à Windsor, au Canada-Ouest.

Elle y ouvrit une école intégrée, pour les enfants des réfugiés.

En 1852, elle publia A Plea for Emigration. Elle y décrivait le Canada-Ouest et invitait les Noirs américains à venir s'y établir.

Puis vint le journal. Dans ses pages, elle encourageait les Noirs américains à venir s'établir librement au Canada, et à compter sur leurs propres forces.

En mars 1854, le journal reprit à Toronto. En 1855, il déménagea à Chatham.

Elle fut la première femme noire d'Amérique du Nord à publier et à diriger un journal.

En 1856, elle épousa Thomas F. Cary, à St. Catharines. Il mourut en 1860. Le journal, lui, cessa de paraître vers 1859 ou 1860.

À la fin de 1863, pendant la guerre de Sécession, à l'invitation de Martin Delany, elle recruta des soldats noirs.

En 1881, elle revint brièvement au Canada pour un rassemblement en faveur du droit de vote.

En 1883, elle obtint un diplôme de droit de l'Université Howard.

Elle mourut le 5 juin 1893, à Washington.

En 1994, le Canada la désigna personne d'importance historique nationale. En janvier 2024, Postes Canada lui consacra un timbre.

Sa devise parlait de compter sur soi. Et pourtant, une école, un journal, une communauté de réfugiés, cela se bâtit à plusieurs.

Cette vie, où la liberté de chacun se construisait avec les autres, fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.

Il reste d'elle l'image d'une page imprimée au Canada-Ouest, en 1853. Et ces quelques mots sur la route de l'indépendance.

Sources

  1. Mary Ann Shadd (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
  2. Mary Ann Shadd (Cary) (Dictionnaire biographique du Canada) www.biographi.ca

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