Zambie, 1964

Kenneth Kaunda

Premier président de la Zambie indépendante, Kenneth Kaunda défendit un « humanisme zambien » fondé sur l'entraide et la communauté. Il imposa aussi un parti unique, puis, battu aux élections de 1991, il remit le pouvoir pacifiquement.

Photo : Kenneth Kaunda in 1983 · A1C William M. Firaneck · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu

C'était le 2 novembre 1991, en Zambie.

Un président venait de perdre une élection. Il avait gouverné le pays pendant vingt-sept ans. Ce jour-là, il remit le pouvoir à l'homme qui l'avait battu, Frederick Chiluba.

Il lui fit lui-même visiter State House, la maison des présidents. Puis il s'en alla.

En souvenir, il emporta le fanion présidentiel de sa voiture.

Cet homme s'appelait Kenneth Kaunda.

Il était né le 28 avril 1924, à la mission de Lubwa, près de Chinsali. Le pays s'appelait alors la Rhodésie du Nord, une colonie britannique. Il était le cadet de huit enfants.

Son père, le révérend David Kaunda, était missionnaire et enseignant, venu du Nyassaland, l'actuel Malawi. Il mourut quand Kenneth était enfant. Sa mère, Helen Nyirenda, fut la première Africaine à enseigner dans la colonie.

Kenneth devint enseignant lui aussi. Il dirigea l'école de Lubwa, puis enseigna au Tanganyika et en Rhodésie du Sud.

Il lisait Gandhi. Ces écrits, dira-t-il plus tard :

« allèrent droit à mon cœur »
Kenneth Kaunda, cité par Wikipédia (traduction libre)

En 1949, il rejoignit le Congrès national africain de Rhodésie du Nord. Il en devint le secrétaire général.

En 1958 et 1959, à la tête d'un autre mouvement, le ZANC, il mena ce qu'il appelait « l'action positive non violente » : une désobéissance civile contre la fédération coloniale.

Il connut la prison. Deux mois de travaux forcés en 1955, pour avoir distribué des écrits jugés « subversifs ». Puis, en mars 1959, le ZANC fut interdit et il fut condamné à neuf mois de prison. Il sortit le 8 janvier 1960, et prit la présidence d'un parti, l'UNIP.

Cette année-là, il rendit visite à Martin Luther King Jr., à Atlanta.

Le 24 octobre 1964, la Zambie devint indépendante. Kenneth Kaunda fut son premier président.

Il voulait une politique fondée sur l'égalité humaine et l'unité nationale. Il l'appela l'humanisme zambien. Il y mêlait la planification par l'État et des valeurs africaines traditionnelles : l'entraide, la confiance, la loyauté envers la communauté.

Il ouvrit aussi son pays aux mouvements qui luttaient pour la liberté chez les voisins. La Zambie imposa des sanctions à la Rhodésie, et le paya cher.

Mais son pouvoir eut une ombre. En 1972, il imposa le parti unique. En 1973, il fut seul candidat à l'élection. Des troubles à l'université furent réprimés. Son humanisme eut aussi ses critiques.

Puis, en 1990, il accepta le retour des partis d'opposition. Et en 1991, les électeurs choisirent quelqu'un d'autre.

Il accepta le résultat. Il fut l'un des tout premiers chefs d'État d'Afrique continentale à quitter le pouvoir pacifiquement après avoir perdu une élection libre.

Plus tard, il se consacra à d'autres combats. Surtout la lutte contre le VIH-sida.

Un de ses enfants était mort du sida dans les années 1980. Il en parla ouvertement.

Kenneth Kaunda mourut le 17 juin 2021, à Lusaka. Il avait 97 ans.

Son humanisme zambien fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre : une politique qui voulait faire de l'entraide et de la communauté le cœur d'une nation.

De lui, il reste une indépendance, une ombre, et un geste rare.

Un homme qui fait visiter sa maison à celui qui l'a battu. Puis qui s'en va, en emportant un petit fanion.

Sources

  1. Kenneth Kaunda (Encyclopædia Britannica) www.Britannica.Com
  2. Kenneth Kaunda (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
  3. Kenneth David Kaunda (South African History Online) www.sahistory.org.za
  4. Kenneth Kaunda, the philosopher king who fell with dignity (African Arguments, 2021) africanarguments.org

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