Rwanda, 1994

Immaculée Ilibagiza

Pendant le génocide contre les Tutsi de 1994, Immaculée Ilibagiza survécut 91 jours cachée dans une minuscule salle de bain. Elle choisit ensuite de pardonner, sans rien effacer de la vérité.

Photo : Immaculée Ilibagiza in 2007 · graphicitinerary · CC BY 2.0 · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Justice et réconciliation

C'était en avril 1994, à Mataba, dans la région de Kibuye, à l'ouest du Rwanda.

Immaculée Ilibagiza était rentrée chez ses parents pour les vacances de Pâques, à la demande de son père.

Elle était née vers 1972, dans une famille tutsi et catholique. Ses parents étaient enseignants. Elle était la seule fille parmi quatre enfants.

Grâce à une bourse, elle étudiait l'ingénierie à l'Université nationale du Rwanda, à Butare.

Le 6 avril, l'avion du président rwandais fut abattu au-dessus de Kigali. Dans tout le pays commencèrent les massacres des Tutsi.

Son père alla voir un voisin, un pasteur hutu, Siméon Nzabahimana. Il lui demanda de cacher sa fille.

Le pasteur cacha Immaculée et sept autres femmes dans une petite salle de bain, derrière une porte dissimulée.

La pièce mesurait environ un mètre sur un mètre vingt. Les femmes se parlaient par signes.

Elles y restèrent quatre-vingt-onze jours.

Immaculée avait avec elle un chapelet. Son père le lui avait offert. Elle priait pour repousser sa colère.

Le pasteur lui prêta un dictionnaire anglais-français. Avec lui et une Bible, elle apprit seule l'anglais.

Au bout des quatre-vingt-onze jours, les femmes purent rejoindre un camp tenu par des soldats français.

Immaculée ne pesait plus qu'une trentaine de kilos.

Alors vint la vérité. Ses parents avaient été tués. Ses frères Damascène et Vianney aussi. Seul Aimable avait survécu : il étudiait au Sénégal.

Près d'un million de Rwandais avaient été tués.

Plus tard, dans une prison de village, Immaculée se trouva devant l'homme responsable de la mort de sa mère et de ses frères. Il ne pouvait pas la regarder. Il baissait les yeux, plein de honte.

Elle lui dit trois mots :

« Je vous pardonne. »
Immaculée Ilibagiza, selon son site officiel (traduction libre)

Ce pardon n'effaçait rien. Ni la vérité. Ni la mémoire. C'était un chemin personnel, le sien.

Le geôlier lui écrivit ensuite. Son geste, disait-il, l'avait poussé à pardonner à son tour.

Immaculée travailla pour les Nations unies. En 1998, elle partit vivre aux États-Unis. Elle y fut assistante de programme au Programme des Nations unies pour le développement.

En 2006 parut Left to Tell. Le livre devint un best-seller du New York Times. Il fut traduit en dix-sept langues et vendu à plus de deux millions d'exemplaires.

Il est utilisé dans des dizaines de programmes scolaires et universitaires.

En 2007, elle reçut le prix Mahatma Gandhi pour la réconciliation et la paix. En 2013, elle devint citoyenne américaine.

Immaculée vient de la foi catholique : dans la cachette, elle priait le chapelet. Son pardon fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre : même après le pire, refuser que la haine décide de qui l'on devient.

Il reste l'image d'une porte cachée, dans une maison de Mataba. Et d'un homme qui accepta de l'ouvrir.

Sources

  1. Immaculée Ilibagiza (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
  2. Ilibagiza, Immaculée 1972(?)– (Encyclopedia.com) www.encyclopedia.com
  3. About Immaculée (site officiel d'Immaculée Ilibagiza) www.immaculee.com

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