Somalie, 1983
Hawa Abdi
L'une des premières gynécologues de Somalie, Hawa Abdi ouvrit en 1983 une clinique d'une pièce sur la terre de sa famille. Pendant la guerre, ce lieu devint un village qui abrita jusqu'à 90 000 personnes déplacées.

Vies inspirantes · Soigner et protéger
C'était en 1983, dans le corridor d'Afgooye, au sud de Mogadiscio.
Sur la terre de sa famille, une médecin ouvrit une clinique. Une seule pièce. Les revenus de la terre servaient à la faire vivre.
Elle s'appelait Hawa Abdi.
Elle était née le 17 mai 1947, à Mogadiscio. Son père travaillait au port.
Quand elle avait douze ans, sa mère mourut en donnant naissance. Hawa était l'aînée. Elle éleva ses quatre petites sœurs, dans la pauvreté.
Après la mort de sa mère, elle décida de devenir médecin.
En 1964, elle obtint une bourse pour étudier la médecine à Kiev, en Ukraine. Elle fut diplômée en 1971.
De retour chez elle, elle devint l'une des premières femmes gynécologues de Somalie. Elle étudia aussi le droit, à l'Université nationale somalienne, et obtint son diplôme en 1979. Plus tard, elle devint professeure adjointe de médecine.
Puis elle ouvrit sa petite clinique.
En 1991, la guerre civile éclata.
Hawa Abdi accueillit d'abord ses employés sur sa terre. Elle les logea, les nourrit, les soigna. Puis vinrent leurs amis, leurs proches.
Puis d'autres encore : des personnes déplacées.
Le terrain devint un village. On l'appela Hope Village, le village de l'espoir.
La petite clinique devint un hôpital de 400 lits. Il y eut des écoles, primaire et secondaire. Il y eut même une manière de régler les conflits au sein de la communauté.
En 2007, son organisation prit un nouveau nom : la Fondation Dr Hawa Abdi. Elle soutenait les cultures, l'hygiène et les écoles du village.
Lors de la sécheresse de 2011, environ 90 000 personnes vivaient là. Surtout des femmes et des enfants.
On l'appelait « Mama Hawa ». Ses filles, Deqo et Amina, étaient médecins elles aussi. Elles travaillaient à ses côtés.
Mais en 2010, des miliciens islamistes encerclèrent le village. Ils voulaient en prendre le contrôle. Ils la retinrent quelques jours.
Elle refusa de céder. « Eh bien, qu'ils me tirent dessus ! », dit-elle aux anciens (traduction libre). Puis :
« Au moins, je mourrai dans la dignité. »
Les habitants protestèrent. L'ONU et des organisations firent pression. En moins d'une semaine, les miliciens partirent. Ils auraient même accepté de lui écrire une lettre d'excuses.
Le village continua de vivre.
La même année, le magazine Glamour honora Hawa Abdi et ses filles comme « femmes de l'année ». En 2012, elle fut proposée pour le prix Nobel de la paix. En 2013, elle raconta sa vie dans un livre, Keeping Hope Alive. En 2017, l'Université Harvard lui remit un doctorat honorifique.
Son geste fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre. Sur sa terre, il y eut une place pour les employés, puis pour leurs proches, puis pour des milliers d'inconnus.
Hawa Abdi mourut le 5 août 2020, à Mogadiscio. Elle avait 73 ans.
Ses filles poursuivirent son œuvre au village.
Une pièce, sur une terre familiale, en 1983. Et, autour d'elle, quelques décennies plus tard, un village entier qui portait le nom de l'espoir.
Sources
- Hawa Abdi (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
- Dr. Hawa Abdi, Somali Physician and Humanitarian, Remembered for Lifetime of Service (Yale Law School, 2020) law.yale.edu
- Dr. Hawa Abdi dies (Global Citizen, 2020) www.globalcitizen.org
- Our Founder: Dr. Hawa Abdi (1947-2020) (Dr. Hawa Abdi Foundation) dhaf.org
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