États-Unis, 1964

Fannie Lou Hamer

Métayère du Mississippi, Fannie Lou Hamer perdit son travail et son logement pour avoir voulu voter. En 1964, à Atlantic City, elle témoigna devant un comité de la Convention démocrate pour défendre ce droit.

Photo : Fannie Lou Hamer in Atlantic City, August 1964 · Adam Cuerden · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Droits civiques et diaspora

C'était le 31 août 1962, à Indianola, au Mississippi.

Une femme de quarante-quatre ans entra au palais de justice du comté. Elle voulait s'inscrire sur la liste électorale.

Elle s'appelait Fannie Lou Hamer. On lui fit passer un test de lecture et d'écriture. Elle échoua.

Quatre jours plus tôt, elle était allée à sa première réunion pour les droits civiques, dans une église de Ruleville. Elle dira plus tard qu'avant 1962, elle n'avait jamais entendu dire que les Noirs pouvaient voter.

Peu après, le propriétaire de la plantation exigea qu'elle retire son inscription.

Elle refusa. Elle n'était pas allée là-bas pour lui, dit-elle. Elle y était allée pour elle-même.

Elle perdit son travail. Elle perdit sa maison.

Fannie Lou Hamer était née le 6 octobre 1917, dans le comté de Montgomery, au Mississippi. Elle était la plus jeune de vingt enfants. Ses parents, Jim et Ella Townsend, étaient métayers.

La famille travaillait dans les plantations de coton du comté de Sunflower. Plus tard, mariée à Perry Hamer, elle fut pendant dix-huit ans métayère et chronométreuse sur une plantation.

Le 10 septembre 1962, seize coups de feu furent tirés dans la maison où elle logeait. Elle continua.

En janvier 1963, elle réussit enfin le test. Elle put enfin voter.

Cette année-là, elle devint secrétaire de terrain du SNCC, le Comité de coordination non violent des étudiants. Elle en était la plus âgée des employés.

En juin 1963, à Winona, au Mississippi, elle fut arrêtée avec d'autres militants. En prison, des policiers la frappèrent. Elle en garda des blessures pour la vie.

Elle témoigna contre eux devant un tribunal fédéral. Ils furent acquittés.

Elle continua encore.

En 1964, elle cofonda le Mississippi Freedom Democratic Party.

Le 22 août 1964, à Atlantic City, Fannie Lou Hamer témoigna devant le comité des lettres de créance de la Convention démocrate.

Le président Lyndon B. Johnson organisa en hâte une conférence de presse, pour détourner l'attention.

« Si le Freedom Democratic Party n'est pas admis maintenant, je remets l'Amérique en question. »
Fannie Lou Hamer, Atlantic City, 1964, citée par le King Institute (traduction libre)

On offrit à son parti deux sièges. Elle refusa. Ils n'étaient pas venus de si loin pour deux sièges.

En 1968, elle siégea comme déléguée à la Convention démocrate.

En 1969, dans le comté de Sunflower, elle fonda la Freedom Farm Cooperative, pour combattre la faim des pauvres, noirs et blancs.

Elle commença avec quarante acres. Elle finit avec près de sept cents.

Elle mourut d'un cancer du sein le 14 mars 1977.

Son combat était né dans une église de Ruleville, au milieu des siens. Il ne fut jamais celui d'une femme seule. Cette façon de se tenir debout ensemble fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.

Il reste d'elle l'image d'une métayère qui refusa de retirer son nom d'une liste électorale. Et qui ne recula plus.

Sources

  1. Fannie Lou Hamer (Martin Luther King, Jr. Research and Education Institute, Université Stanford) kinginstitute.stanford.edu
  2. Fannie Lou Hamer (National Women's History Museum) www.womenshistory.org

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.