Victoria, Colombie-Britannique, 2019

Devi Dee Mucina

Né au Zimbabwe, des peuples ngoni et shona, Devi Dee Mucina enseigne la gouvernance autochtone à l'Université de Victoria. Dans Ubuntu Relational Love (2019), il écrit à sa mère, à son père et à ses enfants pour réparer ce que le colonialisme a dispersé.

Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu

C'était en 2003, au Zimbabwe.

Un homme cherchait son père. Il ne l'avait pas vu depuis de longues années.

Pour le retrouver, il demanda de l'aide à Baba Colin, le cuisinier de l'orphelinat où il avait grandi.

Ensemble, ils le trouvèrent. Le père s'appelait Peter Dee. C'était un Ngoni. Le fils fut saisi de le voir si amaigri.

Ce fils, c'était Devi Dee Mucina.

Il était né au Zimbabwe. Il descendait des peuples ngoni et shona d'Afrique australe. Sa famille, comme tant d'autres, avait été dispersée par le colonialisme : des proches au Zimbabwe, au Malawi, en Afrique du Sud, ailleurs encore.

Il avait quitté l'Afrique pour le Canada. Il y avait étudié l'intervention auprès des enfants et des jeunes. Il était aussi retourné faire du travail de proximité à l'orphelinat de son enfance.

En 2006, il termina une maîtrise à l'Université de Victoria. En 2011, il déposa une thèse à Toronto. Son sujet : l'Ubuntu, et la force des histoires qu'on partage pour sortir de la dépossession.

Le 6 décembre 2009, son père mourut. Plus tard, il lui écrivit qu'il avait quitté ce monde des vivants pour celui des ancêtres.

Car Devi Dee Mucina écrivait à ses morts comme à ses vivants.

Chez lui, les histoires commençaient par une formule. En shona, en ndebele, en zoulou, on disait : « Il y a bien, bien des greniers à millet… »

En octobre 2019, il publia un livre aux Presses de l'Université du Manitoba : Ubuntu Relational Love. L'amour relationnel de l'Ubuntu.

Le livre est fait de lettres. Des lettres à sa mère. À son père. À ses enfants.

Il appelle ces récits des « greniers à millet ». Ils gardent des savoirs autochtones qui nourrissent.

Ubuntu, rappelle le livre, est un mot bantou qui veut dire « humanité ».

Avec ces lettres, il voulait répondre aux blessures du colonialisme européen. Il voulait reconstruire une gouvernance fondée sur les relations. Il voulait aussi penser autrement la masculinité noire, en la fondant sur le lien.

Il s'appuyait sur les pensées antiracistes, sur les féminismes africains, sur l'Ubuntu. Il avait aussi appris des chercheurs autochtones du Canada qui réfléchissent à la masculinité.

En 2020, il dirigeait le programme de gouvernance autochtone de l'Université de Victoria. Il étudiait le Gule Wamkulu, une danse de masques spirituelle, et la Ngoma des Ngoni. Il y cherchait des chemins pour raviver la gouvernance autochtone noire et la santé des communautés.

Le livre fut lancé en ligne, le 30 septembre 2020.

« C'est la philosophie de l'Ubuntu qui offre une approche relationnelle de la décolonisation », déclarait-il en 2020 (traduction libre).

Ses lettres disent qui il est en nommant les siens : une mère, un père, des enfants, des ancêtres.

Dans un de ses textes, il l'écrit simplement :

« Raconter des histoires est toujours relationnel. »
Devi Dee Mucina, « The Journey to You, Baba », Sharing Breath, AU Press (traduction libre)

On ne raconte jamais seul. Il faut quelqu'un qui écoute.

Quelque part, entre Victoria et le Zimbabwe, un grenier à millet est encore plein.

Sources

  1. Ubuntu Relational Love (49th Shelf, University of Manitoba Press, 2019) 49thshelf.com
  2. Devi Dee Mucina, nouveau livre (Université de Victoria, UVic News, 2020) www.uvic.ca
  3. Devi Dee Mucina, « The Journey to You, Baba », dans Sharing Breath: Embodied Learning and Decolonization (AU Press) read.aupress.ca

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