Afrique du Sud, 1984
Desmond Tutu
Archevêque anglican du Cap, Desmond Tutu reçut le prix Nobel de la paix en 1984 pour sa lutte non violente contre l'apartheid. Il présida la Commission vérité et réconciliation et fit connaître l'ubuntu au monde.

Vies inspirantes · Penseurs de l'Ubuntu
C'était en 1947, à l'hôpital de Rietfontein, en Afrique du Sud.
Un adolescent était couché là, malade de la tuberculose. Il allait y rester dix-huit mois.
Régulièrement, un prêtre anglican venait lui rendre visite. Il s'appelait Trevor Huddleston. Le garçon s'appelait Desmond Tutu.
Desmond était né le 7 octobre 1931, à Klerksdorp, dans le Transvaal. Sa famille était pauvre. Son père était instituteur. Ses parents étaient tswana et xhosa.
Adolescent, il avait vécu dans un foyer anglican de Sophiatown, près de l'église du Christ-Roi. Il y servait la messe. Huddleston y était prêtre.
Cet homme allait marquer sa vie.
Desmond guérit. Il devint enseignant. Il enseigna l'anglais et l'histoire à des élèves du secondaire, à Krugersdorp.
En 1955, il épousa Leah Nomalizo. Mais le gouvernement avait imposé la loi sur l'« éducation bantoue ». Desmond et Leah quittèrent l'enseignement pour protester.
Il se tourna ensuite vers l'Église. Il fut ordonné diacre en 1960, prêtre en 1961. En 1962, il partit étudier au King's College de Londres.
À son retour, les postes se succédèrent. En 1975, il devint doyen de Johannesburg, le premier Noir à ce poste. Puis évêque du Lesotho.
En 1978, il prit la tête du Conseil sud-africain des Églises. Il luttait contre l'apartheid, sans violence.
En 1984, il était à New York quand il apprit la nouvelle : le prix Nobel de la paix. En décembre, il le reçut à Oslo.
Deux ans plus tard, le 7 septembre 1986, il devint archevêque du Cap. Là encore, il était le premier Noir.
En 1994, Desmond Tutu vota pour la première fois de sa vie. Il avait soixante-deux ans. Nelson Mandela fut élu président.
Après l'élection, Mandela le choisit pour présider la Commission vérité et réconciliation.
Le 15 avril 1996, la première audience fut diffusée en direct à la télévision.
Des victimes vinrent témoigner. Plus de 19 000 personnes furent reconnues victimes de violations graves des droits humains.
Des auteurs de crimes vinrent aussi. Ils pouvaient demander l'amnistie, à condition de tout dire. Sur 7 111 demandes, 849 furent accordées.
La Commission cherchait un équilibre entre la justice, la responsabilité, la stabilité, la paix et la réconciliation.
Le témoignage de F. W. de Klerk le mena presque aux larmes.
En 1999, il raconta son expérience à la tête de la Commission dans un livre : No Future Without Forgiveness, « pas d'avenir sans pardon ». Il y comparait aussi l'Afrique du Sud à l'Irlande du Nord, au Rwanda, aux Balkans.
Tutu écrivit aussi sur l'ubuntu.
« Une personne est une personne à travers d'autres personnes. »
Il écrivait aussi : « Je suis parce que j'appartiens. » Pour lui, l'être humain solitaire était une contradiction dans les termes.
Plus que quiconque, il fit connaître l'ubuntu au monde.
Desmond Tutu mourut au Cap le 26 décembre 2021, à quatre-vingt-dix ans.
On se souvient de l'archevêque, du prix Nobel, de la Commission.
Mais il y eut d'abord une chambre d'hôpital, un garçon malade et un prêtre qui revenait le voir.
Sources
- Desmond Tutu, curriculum vitae (Fondation Nobel) nobelprize.org
- Desmond Tutu (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Truth and Reconciliation Commission (South Africa) (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Desmond Tutu, Ubuntu and the Possibility of Hope (Will Buckingham) www.willbuckingham.com
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