Eeyou Istchee, 1975
Billy Diamond
Jeune chef cri de Waskaganish, Billy Diamond tint tête au projet hydroélectrique de la baie James. En 1975, il signa la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, premier traité moderne au Canada.
Vies inspirantes · Premières Nations et Sept générations
C'était en 1970, à Waskaganish, au bord de la baie James.
Un jeune homme de vingt et un ans venait d'être élu chef. C'était alors le plus jeune chef du Canada. Il s'appelait Billy Diamond.
Un mois plus tard, huit aînés cris vinrent le voir. Des arpenteurs leur avaient dit que leur lac allait être inondé.
En 1971, le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, annonça un projet hydroélectrique d'environ six milliards de dollars. Personne n'avait consulté les Cris ni les Inuits.
Billy Diamond était né le 17 mai 1949, sous une tente, près de ce qu'on appelait alors Rupert House. Ses parents s'appelaient Hilda et Malcolm.
Enfant, il chassait et posait des pièges avec sa famille, le long de la rivière Nottaway.
Vers sept ans, on l'envoya au pensionnat, à Moose Factory, en Ontario. On lui coupa les cheveux. On le força à parler anglais. On le punissait s'il parlait cri.
Plus tard, il dira que cette expérience avait abîmé ses années de fondation, son identité, son sentiment d'appartenance.
À l'école secondaire, à Sault Ste. Marie, il aida à créer un conseil des étudiants indiens. Il rédigeait leur journal.
Puis il rentra chez lui. Il aida son père, Malcolm, qui était chef. Il devint gérant de la bande.
Il organisa une réunion des Cris de la baie James. Il rassembla les trappeurs. Ensemble, ils décidèrent d'aller devant les tribunaux.
Un premier jugement leur donna raison, aux Cris comme aux Inuits. Il fut renversé.
Les Cris finirent par s'entendre avec Hydro-Québec, hors des tribunaux.
En 1974, les Cris fondèrent le Grand Conseil des Cris du Québec. Billy Diamond en devint le premier grand chef.
Le 11 novembre 1975, il signa la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Le projet serait modifié. En échange, les Cris obtenaient des droits sur leurs terres et une compensation.
C'était le premier traité moderne du Canada.
La même année, il présida l'Administration régionale crie et la nouvelle Commission scolaire crie.
Il porta la cause des Cris et des Inuits jusqu'aux Nations Unies.
De 1980 à 1983, le Canada négocia sa Constitution. Billy Diamond négocia avec Pierre Trudeau et Jean Chrétien. Il se battit pour les articles 25 et 35, qui protègent les droits des peuples autochtones.
Grâce à lui, entre autres, les droits issus des accords sur les terres furent reconnus comme des droits issus de traités.
Patrick Madahbee disait de lui qu'il était le plus rapide pour répondre à n'importe quel argument.
En 1982, il fonda une compagnie aérienne, Air Creebec. Elle appartient entièrement aux Cris. Il lança aussi une entreprise de construction, et des bateaux fabriqués à Waskaganish.
En 1984, il quitta son poste de grand chef. Pour lui, le temps de l'affrontement était passé. Venait celui de bâtir une nation.
Plus tard, il redevint chef de Waskaganish, sa communauté.
Le 30 septembre 2010, il mourut d'une crise cardiaque, dans sa communauté de Waskaganish. Il avait soixante et un ans. Sa femme, Elizabeth, était à ses côtés.
Il avait demandé que l'on grave ces mots sur sa tombe :
« Parti à une réunion — je reviendrai. »
En 2020, l'Assemblée nationale du Québec vota pour que la route de la Baie-James porte son nom : la route Billy-Diamond.
Son combat, mené avec les aînés et les trappeurs des Cris d'Eeyou Istchee, fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : on ne défend pas son lac pour soi seul, mais pour tous ceux qui en vivent.
Une longue route traverse le Nord, vers la baie James.
Le Québec a voté pour qu'elle porte le nom d'un homme parti à une réunion, et qui avait promis de revenir.
Sources
- Billy Diamond (L'Encyclopédie canadienne) thecanadianencyclopedia.ca
- Billy Diamond (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Billy Diamond: Footprints (Windspeaker, AMMSA) ammsa.com
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