Afrique du Sud, 1956
Albertina Sisulu
Infirmière et sage-femme de Soweto, Albertina Sisulu aida à organiser la grande marche des femmes de 1956 à Pretoria. Emprisonnée, frappée d'interdictions, elle continua de soigner et de lutter, jusqu'à devenir « Ma Sisulu ».

Vies inspirantes · Justice et réconciliation
C'était le 9 août 1956, en Afrique du Sud.
À Phefeni, à Soweto, des femmes montaient dans des trains. Elles partaient pour Pretoria. Celle qui avait organisé leur voyage s'appelait Albertina Sisulu.
À Pretoria, elles furent environ 20 000. Elles marchaient vers les Union Buildings, le siège du gouvernement. Elles refusaient les laissez-passer que l'apartheid voulait imposer aux femmes noires.
Albertina était née le 21 octobre 1918, à Camama, dans la région de Tsomo, au Transkei. C'était l'année de la grippe espagnole. Sa famille était xhosa.
Son père travaillait loin, dans les mines. Il mourut en 1929. Sa mère fut longtemps malade.
Alors la petite fille prit soin des autres. De ses frères et sœurs. De ses cousins.
À l'école de mission de Xolobe, on la choisit comme cheffe des élèves. En 1936, elle obtint une bourse pour le collège Mariazell, à Matatiele.
En janvier 1940, elle partit pour Johannesburg. Elle y devint élève infirmière.
À l'hôpital général, les infirmières noires n'avaient pas droit aux congés. En 1941, sa mère mourut. On ne la laissa pas aller à l'enterrement.
Cette année-là, à la résidence des infirmières, elle rencontra un jeune homme, Walter Sisulu.
En 1944, elle obtint son diplôme. Elle fut la seule femme à la première conférence de la Ligue de la jeunesse de l'ANC. Le 15 juillet, elle épousa Walter. Le témoin s'appelait Nelson Mandela.
Ils vécurent au numéro 7372 d'Orlando, à Soweto.
En 1954, elle devint sage-femme. Pour la ville de Johannesburg, elle allait de maison en maison, dans les townships, auprès des patientes.
La même année, elle fut élue au premier comité exécutif de la Fédération des femmes sud-africaines, qui venait d'être fondée. Deux ans plus tard, ce fut la marche de Pretoria.
Le prix fut lourd. En 1958, après une autre manifestation, elle passa trois semaines en détention. Elle fut acquittée. Son avocat était Mandela.
Le 19 juin 1963, elle devint la première femme détenue en vertu de la loi des 90 jours. On la mit à l'isolement. Elle fut libérée en juillet.
Puis vinrent les interdictions. À partir de 1964, elle en fut frappée presque sans interruption pendant dix-sept ans. Une partie du temps, elle fut assignée à résidence.
Walter, lui, était en prison.
Elle continua de lutter.
En 1983, naquit le Front démocratique uni, l'UDF. Elle en fut élue coprésidente alors qu'elle était en détention.
En 1984, elle travailla avec le docteur Abu Asvat, dans une clinique mobile de Soweto.
En 1985, on l'accusa de trahison, avec d'autres dirigeants de l'UDF. En décembre, les accusations furent retirées.
En 1989, Walter fut enfin libéré.
En 1994, Albertina Sisulu entra à l'Assemblée nationale. C'est elle qui proposa officiellement à la présidence Nelson Mandela, le témoin de son mariage.
Elle y siégea jusqu'en 1999.
Le 2 juin 2011, elle mourut chez elle, à Linden, à Johannesburg. Elle avait quatre-vingt-douze ans. Le pays lui fit des funérailles d'État.
On l'appelait Ma Sisulu. Beaucoup l'appelaient la mère de la nation.
Elle avait soigné toute sa vie : ses frères, les mères des townships, un pays blessé. En Afrique du Sud, on appelle ubuntu cette humanité qui ne se vit qu'avec les autres. Albertina Sisulu en fit un métier, et un combat.
Des milliers de femmes ont marché vers Pretoria en 1956.
Certaines y sont allées dans les trains qu'elle avait remplis.
Sources
- Albertina Sisulu (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Albertina Nontsikelelo Sisulu (South African History Online) www.sahistory.org.za
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