Fil 02 · Technologie et déshumanisation · 25 septembre 2026

La machine ne refuse pas seule

Ottawa oblige ses ministères à évaluer les risques de leurs algorithmes avant de s'en servir, et à garder un humain au moment de dire non.

1 · La scène

Dans un café de Parc-Extension, Priya rafraîchit ses courriels pour la dixième fois. Sa mère, restée en Inde, attend une réponse pour venir tenir dans ses bras son premier petit-enfant.

Une amie lui a dit : « Maintenant, c'est un ordinateur qui décide. » Priya fixe son écran. Un ordinateur peut-il comprendre ce que veut dire une grand-mère qui traverse la planète pour un bébé ?

Vignette originale

2 · Le cas documenté

La directive fédérale sur la décision automatisée

Depuis 2019, le gouvernement du Canada encadre ses propres algorithmes par une directive du Conseil du Trésor sur la prise de décisions automatisée. Elle vise les décisions qui touchent les droits ou les intérêts des gens, comme l'examen d'une demande de prestations ou l'entrée au pays, et s'applique aux systèmes conçus ou achetés après le 1er avril 2020. Son but : des décisions transparentes, responsables et équitables.

Avant de lancer un système, un ministère doit remplir une Évaluation de l'incidence algorithmique : 65 questions sur les risques et 41 sur les moyens de les réduire. Le résultat classe le système sur quatre niveaux d'incidence et doit être publié sur le Portail du gouvernement ouvert. Révisée en 2023, la directive renforce les tests de biais et l'obligation d'expliquer les décisions.

Exemple concret : depuis 2018, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada utilise l'analytique avancée pour trier les demandes de visa de résident temporaire, d'abord celles venant de Chine et d'Inde. Le système repère les dossiers simples, dont l'admissibilité peut être évaluée 87 % plus vite. Mais ce sont toujours des agents qui prennent la décision finale, et le ministère dit examiner ses outils pour repérer les biais.

La leçon est simple : une machine peut aider, mais c'est un être humain qui doit porter le poids d'un refus, et en répondre.

106questions dans l'Évaluation de l'incidence algorithmique
4niveaux d'incidence, du plus faible au plus élevé
87 %plus rapide pour évaluer l'admissibilité des dossiers simples

3 · La voix

« Le système ne refuse jamais de demandes et ne recommande jamais d'en refuser. »
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, note au Comité permanent de la citoyenneté et de l'immigration, 2022 (traduction libre)

4 · La question

Quand une décision change le cours d'une vie, de qui aimeriez-vous entendre la réponse, et pourquoi ?

Sources

  1. Gouvernement du Canada, Évaluation de l'incidence algorithmique. www.canada.ca
  2. Gouvernement du Canada, Guide sur la portée de la Directive sur la prise de décisions automatisée. www.canada.ca
  3. Gouvernement du Canada, Modifications à la Directive sur la prise de décisions automatisée. www.canada.ca
  4. IRCC, analytique avancée et demandes de visa de résident temporaire, note au comité CIMM, 12 mai 2022. www.canada.ca
  5. OCDE.AI, fiche sur la Directive canadienne sur la prise de décisions automatisée. oecd.ai

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.

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