Fil 07 · Solitude numérique · 26 septembre 2026
Le frigo qui ne demande pas ton nom
À Montréal, des frigos communautaires installés sur les trottoirs permettent de donner et de prendre sans formulaire ni écran, alors que l'aide alimentaire explose au Québec.
1 · La scène
Six heures et demie, à Villeray. La rue dort encore quand une retraitée pousse la porte du frigo installé au coin, trois pots de soupe aux légumes dans un sac de toile.
En les rangeant sur la tablette du haut, elle aperçoit un bout de papier plié, coincé contre la paroi. Quelques mots au crayon, d'une écriture appliquée : « Merci pour la soupe de mardi. Elle goûtait comme chez ma mère. » Pas de nom. Elle relit le mot deux fois, le remet à sa place, et repart en souriant vers l'arrêt d'autobus.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
Des frigos ouverts à tout le monde
À Montréal, les frigos communautaires reposent sur une idée simple : chacun dépose ce qu'il peut, chacun prend ce dont il a besoin, sans inscription ni justification. Selon le média La Converse, le premier frigo de ce genre à Montréal a été lancé vers 2013 par Darren Gerbrandt, alors en convalescence. En décembre 2021, le média en décrivait plusieurs autres, à Saint-Henri, à Notre-Dame-de-Grâce et à Villeray. À Saint-Henri, une bénévole racontait qu'un frigo rempli pouvait être vide trois heures plus tard.
Le besoin ne faiblit pas. Selon le Bilan-Faim 2025 des Banques alimentaires du Québec, publié en octobre 2025, le réseau répond à plus de 3 millions de demandes d'aide alimentaire chaque mois, soit 37 % de plus qu'en 2022. Environ 600 000 personnes différentes sont soutenues chaque mois.
Ces frigos ne remplacent ni les banques alimentaires ni des politiques publiques contre la pauvreté. Certains ferment, d'autres ouvrent, au gré des bénévoles et des lieux disponibles. Mais ils rappellent une chose que les écrans font parfois oublier : on peut prendre soin d'un voisin sans le connaître, sans application et sans profil. Un pot de soupe, un mot au crayon, et la solitude recule d'un pas.
3 · La voix
« Le frigo communautaire, c'est pour tout le monde. »
4 · La question
Et si partager avec un voisin qu'on ne verra peut-être jamais était une façon de ne plus être seul ?
Sources
- « Quand la communauté nourrit le quartier » (La Converse, 2021) www.laconverse.com
- Communiqué du Bilan-Faim 2025 (Banques alimentaires du Québec, 2025) banquesalimentaires.org
Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.
Mots-clés
À lire aussi
Le téléphone qui sonne le lundi
Depuis 1962, Les Petits Frères jumellent des aînés isolés avec des bénévoles, en personne ou au bout du fil, pour que personne ne vieillisse seul.
LireQuand les jeunes parlent des écrans
Une commission de l'Assemblée nationale a écouté plus de 500 élèves et 7 075 citoyens sur les écrans. Les jeunes y parlent aussi de leurs parents.
LireVieillir loin de sa langue
Près d'un aîné canadien sur cinq se sent seul. Pour ceux qui ont immigré à l'âge adulte, la solitude a souvent l'accent d'une langue que plus personne ne parle autour d'eux.
Lire