Fil 05 · Guerre et réconciliation · 25 septembre 2026
Irlande du Nord : partager le pouvoir pour partager l'avenir
Après trente ans de violence, l'Accord du Vendredi saint de 1998 a fait le pari qu'ennemis d'hier pouvaient gouverner ensemble.
1 · La scène
Tous les mardis, dans un parc de Verdun, deux hommes âgés jouent aux dames. Ils ont grandi dans la même ville d'Irlande du Nord, de part et d'autre d'un mur. Là-bas, ils ne se seraient jamais adressé la parole.
Ici, ils se chicanent surtout sur le hockey. Un jour, un ado leur demande depuis quand ils sont amis. Ils se regardent. « Depuis qu'on a arrêté d'avoir peur l'un de l'autre », dit le premier. L'autre avance son pion.
Vignette originale
2 · Le cas documenté
L'Accord du Vendredi saint
De la fin des années 1960 jusqu'en 1998, l'Irlande du Nord vit une période de violences appelée « les Troubles ». Un rapport de 1998 de la commission nord-irlandaise pour les victimes recense plus de 3 600 morts depuis 1969, dont un peu plus de la moitié étaient des civils.
Le 10 avril 1998, après de longues négociations, les gouvernements britannique et irlandais et la plupart des partis nord-irlandais concluent l'Accord du Vendredi saint, aussi appelé Accord de Belfast. Il crée une assemblée où le pouvoir est partagé entre les communautés, une coopération entre le nord et le sud de l'île, et reconnaît le droit de chacun de se dire irlandais, britannique, ou les deux. Le 22 mai 1998, la population l'approuve par référendum : 71 % de oui en Irlande du Nord, 94 % en République d'Irlande.
Tout n'a pas été simple. Quatre mois plus tard, un attentat à Omagh fait 29 morts. La même année, John Hume et David Trimble reçoivent le prix Nobel de la paix pour leurs efforts. Et la paix continue de s'installer : en 2007, l'armée britannique met fin à son déploiement.
L'accord ne demande pas aux gens d'oublier ni de s'aimer du jour au lendemain. Il leur demande de bâtir des institutions communes. C'est une intuition ubuntu : on devient pleinement soi-même quand on reconnaît que l'autre fait aussi partie du « nous ».
3 · La voix
« Les tragédies du passé ont laissé un héritage de souffrance profond et profondément regrettable. »
4 · La question
Avec qui, dans votre entourage, faudrait-il bâtir quelque chose ensemble plutôt que d'attendre d'être d'accord sur tout ?
Sources
- Britannica, « Good Friday Agreement ». www.britannica.com
- Gouvernement d'Irlande, « About the Good Friday Agreement ». www.ireland.ie
- Assemblée d'Irlande du Nord, texte de l'Accord, 1998. archive.niassembly.gov.uk
- National Army Museum, « The Troubles ». www.nam.ac.uk
- Prix Nobel, « The Nobel Peace Prize 1998 ». www.nobelprize.org
Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.
Mots-clés
À lire aussi
Arrêté à un mariage, rue Dante
En 1940, des Italo-Canadiens ont été internés sans accusation. En 2021, le premier ministre a présenté des excuses officielles aux Communes, en commençant par une histoire montréalaise.
LireLa pinède, trente-six ans après
L'été 1990, une pinède de Kanesatake est devenue le cœur d'une crise de 78 jours. Depuis, voisins mohawks et québécois apprennent lentement à se parler.
LireLe bataillon qu'on n'avait pas voulu voir
Plus de 600 volontaires noirs ont servi le Canada en 1917-1918, tenus à l'écart du front. En 2022, le pays leur a enfin présenté des excuses.
Lire