Fil 06 · Économie et inégalité · 25 septembre 2026
Le même appartement, deux réponses
Refusée pour un logement que la propriétaire offrait le même jour à son conjoint blanc, une Québécoise noire a porté plainte, et le Tribunal lui a donné raison.
1 · La scène
Assise dans sa cuisine à Longueuil, une femme tend son téléphone à son colocataire. « Lis-le à voix haute, s'il te plaît. Je veux être sûre d'avoir bien compris. »
Il lit. Le logement « n'est plus disponible ». Pourtant, l'annonce est toujours en ligne, avec les mêmes photos du salon ensoleillé. Il relève les yeux, cherche quoi dire, n'en trouve rien. Alors il reprend son propre téléphone et dit doucement : « On va vérifier. Ensemble. »
Vignette originale
2 · Le cas documenté
Deux messages, une même annonce
Le 25 janvier 2024, Rodlyne Mahée Jean, une femme noire, répond à une annonce de logement sur Marketplace. La propriétaire lui répond par la négative, alors que l'annonce est toujours active. Le même jour, son conjoint, un homme blanc, écrit à la même personne : le logement est libre et une visite lui est proposée. Le lendemain, cette visite est annulée.
Le couple ne s'en tient pas là. Le 8 juillet 2026, le Tribunal des droits de la personne du Québec conclut que Mme Jean a subi un traitement différencié et discriminatoire en raison de sa couleur de peau, une discrimination fondée sur la race, la couleur et l'origine ethnique ou nationale, interdite par les articles 10 et 12 de la Charte des droits et libertés de la personne. Le Tribunal accorde 4 000 $ en dommages moraux à Mme Jean, 1 500 $ à son conjoint et 1 500 $ en dommages punitifs (décision 2026 QCTDP 12).
Une expérience de la SCHL avait déjà montré, à Montréal, que ces portes fermées se mesurent. Cette décision montre autre chose : elles se contestent. Toute personne qui se croit victime de discrimination peut porter plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui peut ensuite saisir le Tribunal.
Ici, la preuve est venue d'un geste simple : un proche qui a posé la même question et comparé les réponses. Le recours reste long, et bien des refus ne laissent aucune trace écrite. Mais chaque témoin qui accepte de regarder, de noter et de parler rend la discrimination un peu plus visible.
3 · La voix
« Victime d'un traitement différencié et discriminatoire en raison de sa couleur de peau. »
« Au Québec, il est interdit de faire de la discrimination dans la location d'un logement. »
4 · La question
Quand une porte s'ouvre pour l'un et se ferme pour l'autre, qui, parmi nous, est placé pour le voir et le dire ?
Sources
- Communiqué sur la décision 2026 QCTDP 12 (Tribunal des droits de la personne, 2026) tribunaldesdroitsdelapersonne.ca
- Dépliant « Logement » (Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, 2015) www.cdpdj.qc.ca
- « Logement : la discrimination est interdite » (Éducaloi) educaloi.qc.ca
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