Afrique du Sud, 1995

Yvonne Mokgoro

Née dans un township de Kimberley, Yvonne Mokgoro devint l'une des premières juges de la Cour constitutionnelle sud-africaine. Dans l'arrêt qui abolit la peine de mort, elle défendit l'ubuntu.

Photo : Yvonne Mokgoro in 2012 · TEDTalentSearch · CC BY 3.0 · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Justice et réconciliation

C'était au début des années 1970, en Afrique du Sud.

La police arrêta un jeune homme. On l'accusait de flânerie. Une étudiante s'interposa.

Les policiers l'arrêtèrent, elle aussi. On l'accusa d'entrave à la justice. Elle passa un week-end en détention.

Son avocat s'appelait Robert Sobukwe.

Cette étudiante s'appelait Yvonne Mokgoro. Plus tard, elle étudierait le droit.

Elle était née le 19 octobre 1950, dans le township de Galeshewe, à Kimberley. Enfant, elle voulait être enseignante ou infirmière, comme les religieuses de son école catholique.

Sa route vers le droit passa par bien des métiers. Aide-soignante. Vendeuse. Commis au ministère de la Justice du Bophuthatswana.

Puis vinrent les diplômes de droit, à l'Université du Bophuthatswana, puis à l'Université de Pennsylvanie, aux États-Unis, comme boursière Fulbright.

Elle fut procureure à Mmabatho. Puis elle enseigna le droit et devint professeure associée. Elle s'intéressait aux droits humains et au droit coutumier, et à ce qu'ils changeaient pour les femmes et les enfants.

Le 13 octobre 1994, Nelson Mandela nomma les onze premiers juges de la nouvelle Cour constitutionnelle.

Yvonne Mokgoro était parmi eux. Elle devint la première femme noire juge en Afrique du Sud. Pendant presque tout son mandat, elles ne furent que deux femmes à siéger à la Cour.

La première grande affaire arriva en 1995 : S c. Makwanyane. La question : un État peut-il exécuter ceux qu'il condamne ?

La Cour répondit non. La peine de mort fut déclarée contraire à la Constitution.

Yvonne Mokgoro y défendit un mot : ubuntu.

Elle le rattachait à un proverbe : umuntu ngumuntu ngabantu. Une personne est une personne par les autres. Pour elle, l'ubuntu était :

« une valeur et un idéal partagés, comme un fil d'or à travers les cultures. »
Yvonne Mokgoro, citée par le Centre for Human Rights, Université de Pretoria (traduction libre)

Ce fil, elle le suivit pendant quinze ans.

Avec la Cour, elle jugea dans l'affaire Khosa que les résidents permanents avaient droit, eux aussi, aux allocations sociales. Dans l'affaire Jaftha, la Cour jugea contraire à la Constitution de vendre des maisons pour de petites dettes.

De 1995 à 2011, elle présida aussi la Commission sud-africaine de réforme du droit.

En octobre 2009, elle quitta la Cour, après quinze ans. La même année, elle reçut l'Ordre du Baobab. Elle devint la présidente fondatrice du conseil de l'Université Sol Plaatje, dans sa ville de Kimberley.

En 2013, elle donna un conseil à de jeunes diplômés en droit. Deux mots seulement : « Soyez présents. »

En 2021, l'ONU la nomma parmi les experts chargés de faire avancer la justice raciale dans le maintien de l'ordre.

Yvonne Mokgoro s'éteignit le 9 mai 2024, à soixante-treize ans.

Ce mot, l'ubuntu, elle l'a défendu dans le droit de tout un pays.

Il reste l'image de cette étudiante qui, un jour, s'avança vers un inconnu qu'on arrêtait.

Sources

  1. Freedom Under Law pays tribute to Justice Yvonne Mokgoro (Freedom Under Law, 2024) freedomunderlaw.org
  2. Justice Yvonne Mokgoro (ConCourt Blog, biographies des juges) concourtblog.com
  3. Justice Yvonne Mokgoro: celebrating a trailblazer who embodied humanness (Centre for Human Rights, Université de Pretoria, 2024) www.chr.up.ac.za
  4. Obituary: Pioneering ConCourt justice Yvonne Mokgoro remembered for her ubuntu jurisprudence (Business Day, 2024) www.businessday.co.za

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