États-Unis, 1968
Shirley Chisholm
Éducatrice de Brooklyn, Shirley Chisholm devint en 1968 la première femme noire élue au Congrès des États-Unis. En 1972, elle brigua l'investiture démocrate pour la présidence.

Vies inspirantes · Droits civiques et diaspora
C'était le 24 janvier 1972, à Brooklyn, à New York.
Ce jour-là, une femme de quarante-sept ans annonça qu'elle voulait devenir présidente des États-Unis.
Elle était noire. Elle était une femme.
Elle dit pourtant qu'elle n'était pas « la candidate de l'Amérique noire », même si elle était noire et fière de l'être. Elle se voulait la candidate du peuple.
Elle s'appelait Shirley Chisholm.
Elle était née Shirley Anita St. Hill, le 30 novembre 1924, à Brooklyn. Elle était l'aînée de quatre filles. Son père, ouvrier d'usine, venait de Guyane. Sa mère, couturière, venait de la Barbade.
Vers quatre ans, on l'envoya vivre à la Barbade, chez sa grand-mère. Elle y resta jusqu'à dix ans environ, sur la ferme familiale, à l'école britannique.
De retour à Brooklyn, elle poursuivit ses études. En 1942, deux universités, Vassar et Oberlin, l'acceptèrent. Mais sa famille n'avait pas les moyens. Elle choisit le Brooklyn College, qui était gratuit.
Elle devint éducatrice en garderie. On refusa parfois de l'embaucher à cause de sa couleur. Elle persévéra. Elle finit par diriger un centre de la petite enfance, puis conseiller la Ville de New York sur ses garderies.
En 1964, elle fut élue à l'Assemblée de l'État de New York. Elle y défendit notamment l'assurance-chômage pour les travailleuses domestiques.
En 1968, elle se présenta au Congrès. Son slogan tenait en trois mots : Unbought and Unbossed. Ni achetée, ni commandée.
Elle gagna avec 67 % des voix. Elle devint la première femme noire élue au Congrès des États-Unis.
Cette année-là, elle dit :
« S'ils ne vous font pas de place à la table, apportez une chaise pliante. »
À Washington, on l'envoya au comité de l'Agriculture. Elle protesta, et on la réaffecta au comité des Anciens combattants. Il y avait, dit-elle, bien plus d'anciens combattants que d'arbres dans sa circonscription.
Pendant son passage au comité de l'Agriculture, elle aida à élargir les coupons alimentaires. Elle joua un rôle crucial dans la création d'un programme de nutrition pour les femmes, les bébés et les enfants.
En 1971, elle fut parmi les fondatrices du caucus noir du Congrès.
Puis vint 1972, et sa campagne présidentielle. Elle manquait d'argent. Elle dut aller en justice pour participer à un débat télévisé. Elle obtint tout de même 152 voix de délégués.
En mai 1972, on tira sur George Wallace, son opposé idéologique. Shirley Chisholm alla le voir à l'hôpital.
Sa visite suscita la controverse.
Plus tard, elle défendit un projet de loi pour garantir le salaire minimum aux travailleuses domestiques. Wallace l'aida à gagner des voix de députés du Sud. Le projet fut adopté par la Chambre.
En 1977, elle devint la première femme noire à siéger au comité du Règlement.
Après sept mandats, elle quitta le Congrès en janvier 1983. Elle voulait, disait-elle, une petite vie à elle. Elle enseigna au Mount Holyoke College.
Elle souhaitait qu'on se souvienne d'elle comme d'une femme qui avait osé provoquer le changement.
Shirley Chisholm mourut le 1er janvier 2005, à Ormond Beach, en Floride. Elle avait quatre-vingts ans.
En 2015, le président Barack Obama lui décerna, à titre posthume, la médaille présidentielle de la Liberté.
Elle avait rendu visite à son adversaire blessé, et cet adversaire avait fini par l'aider à défendre les travailleuses domestiques. Ce geste fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : même l'autre camp reste fait de personnes.
À Buffalo, dans le cimetière Forest Lawn, son caveau porte trois mots.
Unbought and Unbossed. Elle n'avait jamais attendu qu'on lui offre une chaise.
Sources
- CHISHOLM, Shirley Anita (History, Art & Archives, Chambre des représentants des États-Unis) history.house.gov
- Shirley Chisholm (National Women's History Museum) www.womenshistory.org
- Shirley Chisholm (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.