Mozambique, 1996
Graça Machel
Première ministre de l'Éducation du Mozambique indépendant, Graça Machel ouvrit l'école à des centaines de milliers d'enfants. En 1996, elle remit à l'ONU une grande étude sur les enfants pris dans les guerres.

Vies inspirantes · Justice et réconciliation
C'était en octobre 1945, à Incadine, dans la province de Gaza, au Mozambique.
Une petite fille vint au monde. On l'appela Graça Simbine. Elle était la dernière de six enfants.
Son père, un pasteur méthodiste, était mort dix-sept jours plus tôt. Il ne l'avait jamais vue.
Mais avant de partir, il avait laissé des instructions claires. Les aînés devaient veiller à ce que la petite aille à l'école, jusqu'au bout du secondaire.
Graça étudia dans des écoles de missions méthodistes. Puis une bourse l'envoya à l'Université de Lisbonne, au Portugal, en 1968. Elle y étudia les langues.
À l'époque, le Mozambique était une colonie portugaise. Pour ses activités politiques d'étudiante, la police secrète portugaise la surveilla. Elle dut fuir en Suisse.
En 1973, elle rejoignit le FRELIMO, le Front de libération du Mozambique. En Tanzanie, elle reçut une formation militaire. En 1974, elle devint directrice adjointe de l'école secondaire du mouvement, à Bagamoyo.
C'est aussi dans ces années de lutte, dans la province de Cabo Delgado, qu'elle rencontra Samora Machel.
Le 25 juin 1975, au Mozambique devenu indépendant, Graça devint la première ministre de l'Éducation et de la Culture du pays. Elle était la seule femme du gouvernement.
Cette même année, ils se marièrent.
Au départ, environ quatre enfants sur dix allaient à l'école.
Elle se mit au travail. En 1975, environ 400 000 enfants étaient à l'école. En 1985, ils étaient 1,5 million. L'analphabétisme recula de 72 %.
La part des enfants scolarisés grimpa : plus de neuf garçons sur dix, trois filles sur quatre.
La petite fille dont le père avait demandé qu'on l'envoie à l'école avait ouvert l'école à des centaines de milliers d'enfants.
En 1986, l'avion présidentiel de Samora Machel s'écrasa près de la frontière sud-africaine. Il mourut en fonction, à la tête du pays.
En 1994, le secrétaire général de l'ONU lui confia une mission : étudier ce que la guerre fait aux enfants.
Elle travailla deux ans. Le 11 novembre 1996, l'ONU publia son étude sur l'impact des conflits armés sur les enfants.
Elle y demandait que les enfants touchés par la guerre soient soignés et retrouvent leur place dans la société. Elle insistait sur l'éducation. Elle demandait aussi que le déminage fasse partie de chaque accord de paix.
L'année d'avant, elle avait reçu la médaille Nansen pour son travail auprès des enfants réfugiés.
Le 18 juillet 1998, elle épousa Nelson Mandela à Johannesburg. Ce jour-là, il fêtait ses 80 ans.
En 2007, avec Nelson Mandela et Desmond Tutu, elle cofonda The Elders, un groupe d'aînés. Elle en devint plus tard vice-présidente.
Elle fonda aussi des organisations au Mozambique et en Afrique, pour les communautés, pour les femmes et pour les enfants.
Un jour, elle résuma sa confiance en une phrase :
« Ne sous-estimez pas le pouvoir des gens. »
Sa façon d'agir fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre : un enfant ne grandit jamais seul, et une nation se mesure à ce qu'elle donne à ses plus petits.
Tout avait commencé par les instructions d'un père qu'elle n'avait jamais connu. Envoyez-la à l'école. Elle en fit la promesse de tout un pays.
Sources
- Graça Machel (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
- Graça Machel (The Elders) theelders.org
- Graça Simbine Machel (South African History Online) www.sahistory.org.za
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