Boston et Richmond, 1864

Dre Rebecca Lee Crumpler

En 1864, à Boston, Rebecca Lee Crumpler devint la première femme afro-américaine diplômée en médecine aux États-Unis. Après la guerre de Sécession, elle soigna à Richmond des personnes tout juste libérées de l'esclavage.

Photo : Cover of A Book of Medical Discourses by Rebecca Lee Crumpler, 1883 · Rebecca Lee Crumpler · Domaine public · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Soigner et protéger

C'était le 1er mars 1864, à Boston.

Le pays était en pleine guerre de Sécession. Ce jour-là, le conseil du New England Female Medical College nomma une nouvelle docteure en médecine. Elle s'appelait Rebecca Lee.

Elle avait suivi trois années de cours. Elle avait écrit une thèse. Elle avait passé ses examens oraux.

Elle était la seule étudiante afro-américaine de l'école. Ce jour-là, elle devint la première femme afro-américaine diplômée en médecine aux États-Unis.

Elle était née Rebecca Davis, le 8 février 1831, au Delaware.

Enfant, elle grandit en Pennsylvanie, chez une tante. Cette tante soignait les voisins malades. C'est d'elle que lui vint l'envie de soigner.

Vers 1852, elle s'installa à Charlestown, au Massachusetts. Elle devint infirmière, sans formation officielle. Pendant huit ans, elle travailla auprès de différents médecins.

En 1852, elle épousa Wyatt Lee, un ancien esclave venu de Virginie. Il mourut de la tuberculose en avril 1863, moins d'un an avant son diplôme.

En 1860, l'école de médecine pour femmes de Boston l'avait acceptée. Elle eut une bourse chacune des trois années.

Puis la guerre prit fin. En mai 1865, elle épousa Arthur Crumpler à Saint John, au Nouveau-Brunswick. Lui aussi avait échappé à l'esclavage en Virginie.

Après avoir pratiqué un peu à Boston, Rebecca Lee Crumpler partit vers le Sud. À Richmond, en Virginie, des personnes tout juste libérées de l'esclavage avaient besoin de soins. Beaucoup de médecins blancs refusaient de les soigner.

Elle, elle voyait là sa place :

« un champ propice à un véritable travail missionnaire »
Rebecca Lee Crumpler, A Book of Medical Discourses, 1883 (traduction libre)

Elle travailla avec le Freedmen's Bureau et avec des groupes missionnaires.

Ce ne fut pas facile. Des médecins l'ignoraient. Elle avait du mal à faire exécuter ses ordonnances. Certains se moquaient des lettres « M.D. » après son nom. Ils les lisaient « Mule Driver », conductrice de mules.

Elle continua.

À la fin des années 1860, elle revint à Boston. Elle s'installa sur Joy Street, à Beacon Hill, un quartier en majorité afro-américain.

Là, elle soigna des femmes et des enfants pauvres. Elle ne regardait pas qui pouvait payer.

En 1880, elle déménagea à Hyde Park, et cessa de pratiquer.

Mais elle n'avait pas fini de soigner. En 1883, elle publia A Book of Medical Discourses. Elle l'avait tiré de ses années de pratique. Elle le dédia aux infirmières et aux mères.

Le livre parlait des tout-petits, des enfants, des femmes. Il insistait sur une idée simple : on peut souvent prévenir la maladie.

Rebecca Lee Crumpler mourut le 9 mars 1895, à Hyde Park. Elle fut enterrée au cimetière Fairview.

Pendant 125 ans, sa tombe resta sans pierre. Sans nom.

Sa façon de soigner fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre. Comme sa tante avant elle, elle soignait d'abord ses voisins, et ceux que d'autres laissaient de côté.

Le 16 juillet 2020, des pierres tombales de granit furent enfin posées. Une collecte des Friends of the Hyde Park Library les avait payées.

Et sur Joy Street, sa maison est devenue un arrêt du Boston Women's Heritage Trail.

Un nom longtemps oublié, gravé dans le granit. Une maison, sur une rue de Boston, qui garde son histoire.

Sources

  1. Biographie : Dre Rebecca Lee Crumpler (National Library of Medicine, Changing the Face of Medicine) www.nlm.nih.gov
  2. Dre Rebecca Lee Crumpler (National Park Service) www.nps.gov
  3. Rebecca Lee Crumpler (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org

Chaque donnée de cette page renvoie à une source publique vérifiable.