Montréal, 2014

Dre Joanne Liu

Urgentologue pédiatrique à Montréal, Joanne Liu présida Médecins Sans Frontières International de 2013 à 2019. En septembre 2014, devant les États membres de l'ONU, elle les pressa d'agir contre l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest.

Photo : Joanne Liu at Chatham House, 2015 · Chatham House · CC BY 2.0 · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Soigner et protéger

C'était le 2 septembre 2014, aux Nations unies, à New York.

Devant les représentants des États membres, une médecin prit la parole. Elle était québécoise. Elle présidait Médecins Sans Frontières.

Elle s'appelait Joanne Liu.

Depuis des mois, l'Ebola frappait l'Afrique de l'Ouest. Au moins 150 soignants en étaient déjà morts. À Monrovia, au Liberia, il manquait environ 800 lits.

Elle dit que le monde était en train de perdre la bataille. Que les États avaient, en somme, formé une « coalition mondiale de l'inaction » (traduction libre).

Puis elle dit :

« Le temps presse, et Ebola est en train de gagner. »
Joanne Liu, Médecins Sans Frontières, 2014 (traduction libre)

Le temps des réunions et des plans était fini, ajouta-t-elle.

Joanne Liu était née à Québec, le 4 novembre 1965. Elle était la cinquième enfant d'une famille venue de Taishan, en Chine, qui tenait un restaurant chinois.

À treize ans, elle lut un livre. Il racontait la vie d'un médecin de Médecins Sans Frontières pendant la guerre soviéto-afghane.

Elle décida alors qu'elle serait, elle aussi, médecin sans frontières.

Elle étudia la médecine à l'Université McGill. Elle se forma en pédiatrie au CHU Sainte-Justine, à Montréal. Puis elle se spécialisa en urgence pédiatrique, à New York.

En 1996, elle partit pour sa première mission. En Mauritanie, elle soigna des réfugiés venus du Mali.

D'autres missions suivirent. Le tsunami de l'océan Indien. Le choléra en Haïti. Les réfugiés somaliens au Kenya. La Palestine, la Centrafrique, le Darfour.

En République du Congo, elle aida à créer l'un des premiers programmes complets de soins pour les survivantes de violences sexuelles.

De 2002 à 2013, elle fut urgentologue pédiatrique à Sainte-Justine. Elle présida aussi le conseil de MSF Canada, de 2004 à 2009, et aida MSF à créer un projet de télémédecine.

En juin 2013, MSF l'élut présidente internationale. Elle s'installa à Genève.

Un an plus tard vint ce discours de New York. De 2014 à 2016, elle dirigea la réponse d'urgence de MSF à l'épidémie.

En 2015, à Kunduz, en Afghanistan, un hôpital de MSF fut bombardé par l'armée américaine. Joanne Liu exigea une enquête indépendante. Elle parla d'un possible crime de guerre.

En mai 2016, elle s'adressa au Conseil de sécurité de l'ONU. Elle dénonça les attaques contre les hôpitaux.

Elle quitta la présidence de MSF en 2019.

En 2020 et 2021, elle fut membre du Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie, coprésidé par Helen Clark et Ellen Johnson Sirleaf.

Elle devint professeure à l'École de santé des populations et de santé mondiale de McGill. Selon l'université, elle pratique toujours la médecine d'urgence pédiatrique.

Joanne Liu n'a pas grandi dans la tradition de l'Ubuntu. Mais son engagement y fait écho : la santé d'un enfant de Monrovia et celle d'un enfant de Montréal sont liées, et personne n'est en sécurité seul.

Devant les États, elle avait apporté des chiffres, des lits qui manquaient, et une horloge.

Une horloge qui tournait pour des malades et des soignants, loin de New York.

Sources

  1. Joanne Liu (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
  2. Global bio-disaster response urgently needed in Ebola fight (Médecins Sans Frontières, 2014) www.msf.org
  3. Joanne Liu (Université McGill, École de santé des populations et de santé mondiale) www.mcgill.ca

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