RD Congo, 1999

Denis Mukwege

Gynécologue congolais, Denis Mukwege fonda en 1999 l'hôpital de Panzi, à Bukavu, où il soigne des femmes victimes de violences sexuelles en temps de guerre. Il reçut le prix Nobel de la paix en 2018.

Photo : Denis Mukwege in 2014 · Claude Truong-Ngoc · CC BY-SA 3.0 · via Wikimedia Commons

Vies inspirantes · Soigner et protéger

C'était au début des années 1960, à Bukavu, au bord du lac Kivu, au Congo.

Un pasteur allait visiter les malades. Son fils l'accompagnait. Le garçon s'appelait Denis Mukwege. Il avait huit ans.

Ce jour-là, ils rendirent visite à un garçon très gravement malade.

Après cette visite, l'enfant dit à son père :

« Tu peux prier, mais moi, je donnerai des médicaments. »
Denis Mukwege, cité par la Fondation Nobel (traduction libre)

Il avait décidé de devenir médecin.

Denis Mukwege était né le 1er mars 1955, à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu. Le pays s'appelait alors le Congo belge.

Il tint parole. En 1983, il obtint son diplôme de médecine à l'Université du Burundi.

Il devint pédiatre à l'hôpital de Lemera, près de Bukavu. Là, il vit des femmes blessées en donnant la vie, sans personne pour bien les soigner.

Alors il changea de chemin. Il partit en France, à l'Université d'Angers, étudier la gynécologie et l'obstétrique. Il termina sa formation en 1989.

Puis il rentra chez lui.

En 1999, sur un terrain vide de Panzi, un quartier pauvre à la sortie de Bukavu, il fonda un hôpital. Au début, c'était une clinique pour les soins gynécologiques et les accouchements.

Mais la guerre éclata peu après.

Et l'hôpital de Panzi devint autre chose. Un refuge. Des milliers de femmes y arrivèrent, blessées par des violences sexuelles commises comme une arme de guerre.

Denis Mukwege les soigna. Mais soigner le corps ne suffisait pas.

À Panzi, on se mit donc à accompagner chaque femme tout entière. Des soins médicaux. Un soutien psychologique. Une aide juridique, pour demander justice. Une aide pour gagner sa vie de nouveau.

« Il faut voir la personne comme un tout », expliquait-il (traduction libre).

En 2008, il créa la Fondation Panzi. Cette année-là, l'ONU lui remit son prix des droits de l'homme.

En octobre 2012, cinq hommes armés entrèrent chez lui, à Bukavu. Ils menacèrent sa famille. Son ami et gardien, Joseph Bizimana, fut tué.

Denis Mukwege survécut. Il dut partir à l'étranger.

Il resta trois mois en exil.

Des femmes réunirent alors de l'argent. Assez pour payer le billet de retour de leur médecin.

En janvier 2013, il revint. Il reprit son travail à l'hôpital, malgré les menaces.

Les prix suivirent. Le prix Right Livelihood, en 2013. Le prix Sakharov du Parlement européen, en 2014.

En 2018, il reçut le prix Nobel de la paix, avec Nadia Murad. Le comité saluait leurs efforts pour mettre fin aux violences sexuelles comme arme de guerre.

En 2024, il rejoignit The Elders, un groupe d'aînés.

Il l'a dit : on ne peut pas opérer contre la violence. On peut seulement l'abolir.

Sa façon de soigner fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre : une femme n'est pas une blessure à recoudre, c'est une personne à qui l'on rend sa place parmi les siens.

Un garçon de huit ans avait promis des médicaments. Devenu homme, il a donné bien plus : un lieu où chaque femme est de nouveau regardée comme une personne.

Sources

  1. Denis Mukwege, biographie (Prix Nobel) nobelprize.org
  2. Denis Mukwege (Organisation mondiale de la santé) www.who.int
  3. Denis Mukwege (Encyclopædia Britannica) www.britannica.com
  4. Denis Mukwege (The Elders) theelders.org

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