Durham, Caroline du Nord, 1971

C. P. Ellis et Ann Atwater

En 1971, à Durham, un chef local du Ku Klux Klan et une militante noire coprésidèrent dix jours de rencontres sur la déségrégation des écoles. À force de s'écouter, ils devinrent amis pour la vie.

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C'était en 1971, à Durham, en Caroline du Nord.

Les tribunaux venaient d'ordonner la déségrégation des écoles.

Claiborne Paul Ellis, qu'on appelait C. P., était né à Durham en 1927. Son père travaillait à l'usine. Il buvait, et il appartenait au Ku Klux Klan.

C. P. avait quitté l'école après la huitième année pour aider sa famille. Il travaillait dans une station-service. Des hommes rencontrés là l'avaient invité au Klan. Il y avait trouvé le sentiment d'avoir part à quelque chose. Il en devint le président local.

Ann Atwater, elle, était née en 1935 à Hallsboro, dans le comté de Columbus. Elle avait perdu ses parents avant ses dix-neuf ans. Elle était arrivée à Durham en 1953.

Elle faisait des ménages. Elle élevait seule ses enfants, dans une maison délabrée, au bord d'une rue sans pavés, dans le quartier de Hayti.

Puis elle s'était mise à se battre. Avec Operation Breakthrough, elle luttait contre la pauvreté et pour des logements dignes. Sit-in, piquets, boycotts.

Tout les opposait. Ils vivaient dans des quartiers séparés, mais dans la même pauvreté.

Un organisateur, Bill Riddick, envoyé par la centrale syndicale AFL-CIO de Caroline du Nord, proposa une « charrette » : dix jours de rencontres où toute la ville viendrait parler des écoles. Et il choisit deux coprésidents. Ann Atwater. Et C. P. Ellis.

Ellis refusa d'abord. Puis il accepta, pour que les partisans de la ségrégation soient entendus.

Pendant les chants gospel, Ellis tapait des mains. Ann lui apprit à taper le rythme.

Ils découvrirent qu'ils portaient les mêmes soucis de gens pauvres. Ils cessèrent de voir un camp. Ils virent une personne.

Le dernier soir, environ mille personnes remplissaient la salle.

C. P. Ellis se leva. Il tenait sa carte du Klan à la main. Il la brandit devant la salle.

« Si les écoles doivent s'améliorer parce que je déchire cette carte… »
C. P. Ellis, Durham, 1971, cité par Wikipédia (traduction libre)

Il renonça au Klan ce soir-là. Il n'y revint jamais.

Le conseil scolaire n'adopta pas les recommandations de la charrette. Le Klan menaça Ellis et cessa de lui parler pendant trente ans.

Ellis se mit à organiser des syndicats, pour les travailleurs noirs comme pour les blancs. Il devint gestionnaire d'un syndicat à Durham.

Ann et lui restèrent amis. Ensemble, ils racontèrent leur histoire partout au pays.

Ce qu'ils avaient découvert fait écho à l'Ubuntu, sans venir de cette tradition : on devient pleinement humain en reconnaissant l'autre, même celui qu'on croyait son ennemi.

C. P. Ellis mourut à Durham le 3 novembre 2005. C'est Ann Atwater qui prononça son éloge funèbre.

Elle s'éteignit le 20 juin 2016, à quatre-vingts ans.

Leur histoire devint un livre, The Best of Enemies, en 1996, puis un film en 2019. En 2019, Durham les honora tous les deux, à titre posthume.

Il reste une image : deux mains qui apprennent à battre le même rythme.

Sources

  1. Ellis, Claiborne Paul « C. P. » (NCpedia) www.ncpedia.org
  2. Atwater, Ann George (NCpedia) www.ncpedia.org
  3. C. P. Ellis (Wikipédia, en anglais) en.wikipedia.org
  4. Ann G. Atwater & Claiborne P. Ellis, School Integration Charette Leaders (Durham County Library) nccdigital.durhamcountylibrary.org

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