Afrique du Sud, 1963
Beyers Naudé
Pasteur afrikaner de l'Église réformée néerlandaise, Beyers Naudé rompit avec les siens après le massacre de Sharpeville. Il quitta le Broederbond en 1963, fonda l'Institut chrétien et devint l'un des grands opposants à l'apartheid.

Vies inspirantes · Justice et réconciliation
C'était un dimanche matin de septembre 1963, en Afrique du Sud.
Le pasteur Beyers Naudé monta en chaire. C'était son dernier sermon.
Devant ses fidèles, il condamna l'apartheid. Il dit qu'il fallait placer l'autorité de Dieu avant celle des hommes.
Puis il retira sa robe de pasteur. Et il quitta l'église.
Pour comprendre ce geste, il faut savoir d'où il venait.
Beyers Naudé était né le 10 mai 1915, à Roodepoort, dans le Transvaal. Il était l'un de huit enfants.
Son père, Jozua Naudé, était pasteur de l'Église réformée néerlandaise. Il avait aussi aidé à fonder le Broederbond, une organisation afrikaner.
Beyers suivit ses pas. Il étudia la théologie à Stellenbosch. En 1939, il devint pasteur. Il entra au Broederbond, dont il fut le plus jeune membre.
Tout semblait tracé.
Puis vint 1960. À Sharpeville, la police tua soixante-neuf manifestants noirs.
Après ce massacre, Beyers Naudé cessa de soutenir l'enseignement politique de son Église. Elle justifiait l'apartheid par la Bible.
Alors il ouvrit la Bible à son tour. Il l'étudia de près, pour prouver que ces justifications ne tenaient pas.
La même année, à Cottesloe, des Églises sud-africaines se réunirent avec le Conseil œcuménique des Églises. Leurs résolutions refusaient qu'on exclue quelqu'un d'une Église à cause de sa race.
En 1963, Beyers Naudé quitta le Broederbond, après vingt-deux ans. Il fonda l'Institut chrétien et dirigea sa revue, Pro Veritate.
Son Église le força à choisir : rester pasteur, ou diriger l'Institut. Il choisit l'Institut. Il perdit son statut de pasteur.
C'est alors qu'il prononça son dernier sermon.
Il ne renia pas ses racines pour autant. « Je suis un Afrikaner », disait-il (traduction libre).
Mais le chemin devint dur. En 1965, quand il fut accueilli comme ancien dans une paroisse, ce fut un tumulte. La même année, la police de sécurité fouilla les locaux de l'Institut.
En octobre 1977, le gouvernement le frappa d'une interdiction, avec l'Institut. Pendant sept ans, il vécut sous restrictions. Même le nombre de personnes qu'il pouvait voir à la fois était limité.
L'interdiction fut levée en septembre 1984.
L'année suivante, il succéda à Desmond Tutu à la tête du Conseil sud-africain des Églises.
En 1987, il fit partie d'un groupe d'Afrikaners qui alla rencontrer des représentants de l'ANC au Sénégal.
En 1990, l'ANC s'assit à la table avec le gouvernement, à Groote Schuur. Dans sa délégation, un seul Afrikaner : Beyers Naudé.
En 1995, il eut quatre-vingts ans. Nelson Mandela lui rendit hommage. Il le décrivit ainsi :
« une source vive d'espoir pour la réconciliation raciale »
À la fin de 1999, Beyers Naudé revint à la paroisse d'Aasvoëlkop. Pas en chaire, cette fois. Sur les bancs, comme simple fidèle.
Il mourut le 7 septembre 2004, à quatre-vingt-neuf ans. Le 18 septembre, l'État lui fit des funérailles nationales.
Beyers Naudé agissait au nom de sa foi chrétienne réformée. Sa façon d'élargir le cercle des siens, au-delà de la race, fait écho à l'Ubuntu, sans s'y confondre.
Ses cendres furent dispersées dans le township d'Alexandra.
Le fils d'un fondateur du Broederbond repose désormais là, parmi ceux que l'apartheid avait voulu tenir à l'écart.
Sources
- Beyers Naudé (Wikipédia, anglais) en.wikipedia.org
- Reverend Beyers Naudé (South African History Online) www.sahistory.org.za
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