Karachi, Pakistan
Abdul Sattar Edhi
À Karachi, Abdul Sattar Edhi bâtit, à partir de presque rien, une fondation qui gère l'un des plus grands réseaux d'ambulances au monde. Il vécut dans une seule pièce, sans salaire, avec deux tenues.

Vies inspirantes · Soigner et protéger
C'était en 1957, à Karachi, au Pakistan.
Une épidémie de grippe asiatique frappait la ville. Un jeune homme acheta une ambulance avec l'argent que des gens lui avaient donné.
C'était la première. Un jour, il y en aurait plus de mille huit cents.
L'homme s'appelait Abdul Sattar Edhi.
Il était né le 28 février 1928, à Bantva, dans le Gujarat, en Inde. Sa famille était musulmane, de la communauté memon.
Sa mère lui avait appris à aimer les gens et à prendre soin d'eux.
Quand il eut onze ans environ, elle tomba gravement malade. Elle fut paralysée. Le garçon devint celui qui s'occupait d'elle, chaque jour.
Elle mourut quand il avait dix-neuf ans. Il pensa alors à tous les malades qui n'avaient personne pour les soigner.
Au moment de la partition de l'Inde, sa famille partit pour Karachi. Le jeune homme vendit du tissu dans la rue, un temps.
Puis il arrêta. Il se mit à mendier, non pour lui, mais pour ouvrir un dispensaire gratuit.
Il fonda un centre d'aide, avec une maternité et un service d'ambulances. Ce fut l'Edhi Trust.
En 1965, il épousa Bilquis, une infirmière. Elle dirigea la maternité. Elle organisa l'adoption des bébés abandonnés.
Devant les centres Edhi, dans tout le pays, il y avait des berceaux. On pouvait y laisser un bébé.
Plus de 20 000 enfants ont été enregistrés au Pakistan avec le nom d'Edhi comme père.
Ses ambulances transportaient aussi les morts.
Un jour, on lui demanda pourquoi il transportait aussi les corps d'hindous et de chrétiens. On rapporte sa réponse : parce que son ambulance était plus musulmane que celui qui posait la question.
On lui prête aussi ces mots :
« Ma religion, c'est l'humanité. »
Il disait que les mots vides et les longues phrases n'impressionnent pas Dieu.
Lui-même vivait dans une seule pièce, avec une petite cuisine, au siège de la fondation à Karachi. Il n'avait que deux tenues. Il ne prit jamais de salaire.
La fondation vivait des dons privés de citoyens pakistanais.
En 1997, elle possédait la plus grande flotte privée d'ambulances au monde. Avec le temps, elle compta plus de 1 800 ambulances et 335 centres.
Pendant dix ans, la fondation hébergea Geeta, une jeune Indienne sourde et muette. En octobre 2015, le premier ministre de l'Inde, Narendra Modi, offrit dix millions de roupies. Edhi refusa.
Au début de 2016, il refusa d'aller se faire soigner à l'étranger. Il choisit d'être soigné au Pakistan.
Abdul Sattar Edhi mourut à Karachi le 8 juillet 2016, d'insuffisance rénale. Il avait quatre-vingt-huit ans.
Le Pakistan lui offrit des funérailles nationales, les premières depuis trente ans. La prière eut lieu au Stade national de Karachi. Il fut enterré à Edhi Village, à la sortie de la ville.
Même après sa mort, il donna encore. Ses cornées furent offertes à deux personnes aveugles.
Ses ambulances ne demandaient pas la religion des morts. Cette façon de vivre fait écho à l'Ubuntu sans s'y confondre : on n'est pleinement humain qu'en prenant soin des autres.
Il reste de lui des berceaux devant les centres Edhi.
Et une flotte d'ambulances, née d'une seule.
Sources
- Abdul Sattar Edhi (Wikipédia, anglais, via Wikiwand) www.wikiwand.com
- Abdul Sattar Edhi: the philanthropist who filled in for the state in Pakistan (LSE South Asia Centre, 2016) blogs.lse.ac.uk
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